Les ovnis ont fait une entrée inattendue au Palais-Bourbon. Lundi dernier, un colloque sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN) s'est tenu à l'Assemblée nationale. L'objectif : sortir des croyances populaires et adopter une approche scientifique. Ce sujet, parfois clivant, suscite à la fois fascination et scepticisme, mais les députés souhaitent le traiter avec sérieux.
Arnaud Saint-Martin, l'un des organisateurs de cet événement, a rapidement mis les choses au clair. "Ce sujet suscite des opinions très diverses, passant de la stupéfaction au rire. Mais qu'en pensez-vous vraiment ?" a-t-il partagé. Bien que leurs parcours diffèrent, lui et son co-organisateur, Pierre Henriet, partagent une volonté commune : structurer les discussions sur ce thème sensible.
Sociologue des sciences pour l'un et ancien président de l’OPECST pour l'autre, ces députés défendent une approche rigoureuse. "Il était essentiel d'aborder ce sujet dans une enceinte parlementaire pour le traiter sereinement. Comment la recherche publique aborde-t-elle ces observations encore non expliquées ?" interroge Pierre Henriet.
Une omniprésence américaine
Le sujet des PAN dépasse largement les frontières françaises. Aux États-Unis, les débats et recherches autour des ovnis sont alimentés par des publications officielles et une riche culture populaire. Même Donald Trump a contribué à raviver l'intérêt pour ces phénomènes. En France, bien que moins médiatisé, le sujet mérite d'être discuté. "Nous sommes influencés par l'approche américaine : 89 % des signalements à travers le monde viennent des États-Unis, mais il existe également des cas ici", souligne Arnaud Saint-Martin.
Des pilotes, ingénieurs et observateurs se succèdent à l'Assemblée pour témoigner. Parmi eux, des représentants du GEIPAN, le service du CNES chargé d'analyser ces phénomènes. Son directeur, Frédéric Courtade, rappelle l'importance de partager les informations avec le public, notamment en rendant les archives accessibles. Annuellement, le GEIPAN traite plusieurs dizaines à 200 cas, sous une classification précise. Cependant, les témoignages sont souvent difficiles à évaluer. "Les témoignages demeurent influencés par les cinq sens des individus, leur mémoire, leur culture et même leurs croyances", déclare Gilles Munsch. "Et même les données instrumentales, telles que photos et vidéos, ont leurs limites."
Une minorité de cas inexpliqués
Finalement, la majorité des incidents peuvent être expliqués. Sur l'ensemble des dossiers, seulement 3,1 % ne sont pas identifiés après enquête. Ce sont ces cas isolés qui captent souvent l'attention des médias bien qu'ils ne représentent qu'un faible pourcentage. Néanmoins, le GEIPAN n'effectue pas de recherches approfondies sur ces cas. "Nous ne faisons pas de recherche, l'ufologie n'est pas notre domaine, c'est aux chercheurs et aux universités de s'en emparer", déclare Frédéric Courtade.
Pour certains intervenants, il est crucial d'élever le niveau du débat. Michael Vaillant plaide pour que "la science soit placée au centre" de ces études et appelle à établir des standards internationaux pour développer une "nouvelle science" des phénomènes inexpliqués. D'autres mettent en garde contre certaines dérives. "Le véritable souci, c'est notre tendance à rechercher l'irrationnel", estime l'anthropologue Pierre Lagrange. Selon lui, "la notion de complotisme a pris racine dans notre société depuis les années 1990, modifiant notre relation avec la science."







