Inclassable et talentueux, Franz-Olivier Giesbert, ancien directeur de publications telles que Le Nouvel Obs et Le Figaro, est un observateur aiguisé de la France contemporaine. Dans son dernier ouvrage, Voyage dans la France d’avant, il dresse un portrait touchant et critique d'un pays en pleine déroute.
Nous l'avons rencontré à Marseille, sa ville d'adoption depuis vingt-cinq ans, quelques jours avant une conférence prévue à Pessac. La discussion a eu lieu dans un bar, entre les ruelles du Vieux-Port et les hauteurs d’Endoume. Avec sa chevelure blanche et son chapeau caractéristique, Giesbert, 77 ans, est arrivé avec des spécialités arméniennes pour notre déjeuner. Une manière chaleureuse de débuter cet entretien.
« La déroute est généralisée, tant financière que morale », déclare-t-il, avant de préciser qu'il ne se considère pas comme un pessimiste. « Je crois aux cycles, la France se relève toujours », affirme-t-il, soulignant que le pays est actuellement dans une phase difficile mais qu’il peut renaître.
Pour Giesbert, les défis actuels incluent l’effondrement de l’autorité de l’État et la dégradation de notre industrie. « La puissance d’un pays est intrinsèquement liée à sa force économique », dit-il en évoquant l'importance d'une politique industrielle efficace à l'échelle européenne.
Critique acerbe de la gestion d'Emmanuel Macron, il évoque « une absence de convictions » qui a mené à des dérives économiques inquiétantes. Selon lui, bien que la France puisse paraître forte par certains aspects—comme l’aéronautique ou le luxe—ces réussites ne sont que des « cache-misères ».
La question de la culture le touche également. Bien qu'il reconnaisse aimer certains artistes contemporains, il déplore une « américanisation » et une fragmentation de la chanson française : « La culture franchouillarde est celle que j'adore, mais elle est en danger. »
Face à des problématiques aussi conséquentes, Giesbert reste optimiste par nature : « Je suis né joyeux », insiste-t-il, même en parlant de sa santé déclinante.
Pour conclure, l’essai de Giesbert est moins un cri de désespoir qu'une invitation à réfléchir sur l’identité française et son avenir. En dépit des crises, il prône une renaissance possible, si les Français acceptent d'affronter leurs réalités plutôt que de se complaire dans le déni.







