En pleine crise agricole, les vétérinaires se retrouvent en première ligne, faisant l'objet d'une colère grandissante de la part des éleveurs. Insultés sur les réseaux sociaux, ces professionnels de santé animale imposent une vigilance accrue face à une hostilité qui ne cesse de croître. Selon une enquête récente, un vétérinaire de Dordogne a même été contraint de porter plainte suite à des menaces de mort.
Dans une scène choquante survenue à Pouilley-Français (Doubs) début décembre, des vétérinaires intervenant sur un troupeau touché par la dermatose nodulaire ont été accueillis par des jets de bouse de vache. Les tensions sont exacerbées, et des vétérinaires comme Jean-Yves Gauchot, président de la Fédération des syndicats vétérinaires, en font les frais. "Dans une autre époque, vous seriez sur un pique. Vous ne méritez pas votre diplôme," lui a-t-on écrit, le poussant à signaler ces menaces à la gendarmerie.
La détresse des éleveurs, face à des pertes économiques considérables depuis l'émergence de l'épidémie en juin, est palpable. En France, plus de 3 300 vaches ont déjà été euthanasiées, selon les données du ministère de l’Agriculture. Cette crise entraîne des réactions violentes, et sur les réseaux sociaux, des messages de haine se multiplient, stipulant même des appels à la violence. "Ne faudrait-il pas publier les noms et adresses de ces collabos ?", peut-on lire sur une plateforme.]
Des vétérinaires, de plus en plus intimidés, expriment leur crainte. Un professionnel, contacté sous couvert d'anonymat, a révélé : "Ça devient tendu au niveau local avec certains éleveurs. Je ne veux pas trop me prononcer pour éviter des problèmes." Les menaces semblent ainsi avoir un impact dissuasif sur leur capacité à exercer librement. Jacques Guérin, président du Conseil National de l'Ordre des Vétérinaires (CNOV), invite donc ses confrères à faire preuve de prudence. "Je leur demande d'opérer leur droit de retrait s'ils estiment que leur intervention n'est pas sécurisée," déclare-t-il.
Face à un phénomène en pleine expansion, certains experts interpellent sur la nécessité d'un dialogue constructif entre les éleveurs et les vétérinaires. "La communication est primordiale. Il est essentiel d'apaiser les tensions pour éviter que cette colère ne se retourne contre ceux qui essaient simplement d'aider," souligne un sociologue de l'agriculture, interrogé sur la situation actuelle.
Dans un contexte de crise sanitaire et économique, il est devenu impératif de reconstruire un climat de confiance, pour garantir la sécurité des vétérinaires tout en venant en aide aux éleveurs en détresse. Sans une approche collaborative, les répercussions de cette lutte risquent d'être désastreuses pour toute la filière.







