L'essentiel : Face aux difficultés économiques imposées par Washington, Donald Trump pourrait envisager de renverser le régime cubain pour réaliser un succès politique. Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS, explore les enjeux d’une crise potentiellement explosive.

Romuald Sciora : Donald Trump souhaite accomplir ce qu’aucun président américain n’a réussi jusqu’ici : renverser le régime castriste. Une telle victoire pourrait renforcer sa position au sein de sa base électorale MAGA et lui redonner du crédit face à l’opinion publique. La situation difficile en Iran accentue sa recherche d'un triomphe sur un terrain plus accessible.

Cuba représente également un engagement que Trump a pris envers Marco Rubio, un leader influent de l’exil cubain, toujours opposé au régime de La Havane.

Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS
Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS

Pourquoi Donald Trump perçoit-il Cuba comme une "menace exceptionnelle" ? Dans l’imaginaire collectif américain, l’île est associée à un passé antagoniste, notamment en raison de son lien à la crise des missiles. Bien qu’économiquement affaiblie, Cuba continue de susciter des craintes démesurées dans certains secteurs de la population américaine.

Le pays subit, depuis des mois, un embargo pétrolier de la part des États-Unis. Les Cubains font face à une crise humanitaire sans précédent, obligeant la population à se battre quotidiennement pour accéder aux ressources les plus basiques.

D’autre part, l'inculpation récente de Raúl Castro, accusé de complot contre des Américains, alimente les tensions politiques. Cette accusation peut être perçue comme une manœuvre visant à justifier une intensification des pressions sur Cuba, voire une intervention militaire.

Une intervention américaine est-elle à envisager ? Les experts s’accordent à dire que Washington pourrait agir promptement. Trois scénarios semblent se dessiner : d’abord, une pression économique accrue pourrait contraindre le régime cubain à capituler sans intervention directe, ce qui permettrait à Trump de revendiquer un succès en évitant les risques d’engagement militaire.

Ensuite, une opération ciblée, inspirée du modèle vénézuélien, pourrait inclure des actions spéciales pour neutraliser des figures clés du régime, comme Raúl Castro. Ce type d'opération limiterait les risques tout en offrant un impact symbolique fort. Enfin, une intervention militaire à grande échelle, même si possible, serait risquée, compte tenu du potentiel d'enlisement.

Une solution diplomatique demeure envisageable, mais elle nécessiterait un rapport de force extrêmement dur. Cela pourrait conduire à des concessions du régime cubain, comme la remise de figures emblématiques, ce qui pourrait rétablir un certains équilibre.

Dans l’éventualité d’un changement de régime, l’idée d’une annexion par les États-Unis semble irréaliste au regard des défis économiques et sociaux actuels de Cuba. À court terme, un protectorat de fait pourrait voir le jour, avec un contrôle américain croissant sur l’économie, notamment dans le secteur touristique, permettant à Washington d’exercer son influence sans intégrer complètement l’île à son système.

Romuald Sciora, auteur de America 250, une histoire des États-Unis.