Le 23 juin prochain, Marc Bloch, éminent historien et résistant, effectuera son entrée au Panthéon. Cependant, il est important de souligner que ses cendres resteront au Bourg-d’Hem, dans le cimetière familial d’un petit village au cœur de la Creuse, lieu empreint de significations personnelles tant pour l’homme que pour son œuvre.
La démarche vers le Panthéon a été initiée par son fils, Daniel Bloch, qui, dans une lettre adressée en 2023 au maire de Bourg-d’Hem, a plaidé pour une reconnaissance officielle de son père, un patriote antifasciste en proie aux horreurs de la Gestapo en juin 1944. Les mots de Daniel ont été entendus : en novembre 2024, le président Emmanuel Macron a annoncé la panthéonisation de ce témoin lucide de l’Histoire, saluant son « courage physique » face à l’injustice.
Pour sa petite-fille, Suzette, ce choix est en accord avec l’esprit de son grand-père : « Il avait une profonde connexion avec la Creuse. Pourquoi l’éloigner de ce lieu de recueillement qui fait partie de ses racines ? » Les cendres de sa femme, Simonne, ont déjà été égarées, ayant été enterrées dans une fosse commune à Lyon après une fin tragique. Cela renforce le désir de maintenir le lien de Bloch avec sa terre natale. La deuxième génération, représentée par Matis Bloch, partage également cette vision, voyant en Bourg-d’Hem un sanctuaire familial.
Marc Bloch avait trouvé refuge au Bourg-d'Hem en 1929, un retour aux sources après avoir perdu celles de son Alsace natale. Sa maison, surnommée les Fougères, est devenue un havre de création, où il a rédigé de nombreuses œuvres clés, comme « L’Étrange Défaite », une analyse critique de la débâcle française de 1940. De cela, il s’est exprimé à travers un regard tourné vers la paysannerie qu’il avait côtoyée lors des horreurs de la Première Guerre mondiale, selon l'historienne Annette Becker.
En 1944, Bloch, alors âgé de 53 ans, s’engage activement dans la Résistance française, se mettant à l’abri dans son village au cœur de la Creuse. Tragiquement, il a été exécuté le 16 juin 1944. Après sa mort, ses cendres ont été transférées au Bourg-d’Hem lors d’une cérémonie emblématique de mémoire, une démarche qui vient couronner une vie vouée à la vérité et à l’intégrité.
La panthéonisation prévue pour le 23 juin prochain est perçue par Sophie Fournier-Gassie, conseillère municipale, comme une juste reconnaissance de l’importance de Marc Bloch : « Pour nous, c’est une fierté incroyable. Nous chercherons à faire rayonner la mémoire de cet homme ici, dans notre village .» La cérémonie sera retransmise par la mairie, et un office du tourisme de la région Honore les contributions de Bloch par le biais d’une exposition, démontrant l’impact durable de son héritage.
Dans cette perspective, la maison des Fougères, aujourd’hui habitée par son arrière-petite-fille, reste un symbole vivant des valeurs chéries par Marc Bloch, comme en témoigne l’épitaphe qu’il a léguée : Dilexit veritatem.







