« Dans un wagon quasi vide, une dame d’un certain âge m’a demandé : ‘Ça vous dérange si je m’assieds ici ? Ou préférez-vous être seule avec vos pensées ?’ » C’est ainsi que commence une conversation inattendue, selon la comédienne et auteure Viv Groskop. Dans les colonnes du Guardian, elle souligne l’importance cruciale de ces échanges spontanés, souvent négligés dans notre société actuelle, influencée par nos écrans et le télétravail.

Groskop raconte une autre rencontre marquante, survenue lors d’un dîner en famille : « La serveuse, timide, a partagé sa provenance de Séoul, et ensemble, nous avons évoqué la cuisine coréenne. » Ces moments de partage, pourtant simples, l’amènent à s’interroger : Où se sont égarées nos discussions imprévues ?

Dans des lieux tels que les pubs, restaurants ou encore les transports en commun, « la raréfaction de ces interactions est alarmante », souligne-t-elle. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène : l’essor des casques audio, des smartphones, l’utilisation croissante des plateformes numériques ainsi que l’impact durable de la pandémie, même après sa fin. Le respect des distances, observé par de nombreux citoyens, témoigne d’une tendance au repli sur soi.

Une dimension essentielle de notre humanité

Pour Groskop, l’effritement de ces interactions quotidiennes dépasse « les angoisses d’adolescents ou les préférences individuelles ». Elle affirme : « Nous sommes en train de perdre une compétence humaine fondamentale », à savoir la capacité d’engager des conversations. La psychologue Esther Perel évoque même une « récession relationnelle mondiale », soulignant que ce qui était autrefois habituel devient un défi, notamment sur les réseaux sociaux.

Ces plateformes regorgent de vidéos d’expériences sociales : certaines encouragent à surmonter son anxiété en lançant des défis, tandis que d’autres restent dans des approches performatives. « Accepteriez-vous de faire rire tout un wagon ? », demandent-elles, soulignant notre quête de connexions humaines authentiques.

Les peurs de rejet ou d’humiliation sont des sentiments normaux lorsque l’on engage une conversation, mais Groskop rappelle que ces craintes sont souvent infondées. Pour la libération de ces angoisses, elle conseille : « Réduisez les enjeux. Ne dramatisez pas la situation. » Un simple échange sur la météo peut sembler trivial, mais, comme elle le souligne, « illuminer la journée de quelqu’un reste précieux dans notre monde actuel. »

Par conséquent, Groskop nous incite à renouer avec cette tradition des échanges informels, pour préserver ce « pan inestimable de notre humanité » qui semble menacé.