Ce samedi 14 mars, les Halles de Pau ont résonné d'une mélodie inattendue lorsque près de trente personnes, brandissant des parapluies roses, ont chanté une comptine revisitée. Sur l'air de "Il court, il court le furet", ils entonnaient : "Elle court, elle court la rumeur. La rumeur de la direction. Nous, on tourne tous en rond. Fermera, fermera pas. Personne ne le saura."
Cette rumeur concerne la fermeture de la maternité de la polyclinique Pau Pyrénées, une préoccupation croissante depuis cinq mois. En effet, le nombre de naissances a chuté de 1 200 à 900 entre 2022 et 2025, entraînant un déficit de près de trois millions d'euros pour le service.
Ni OUI, ni NON
Bien que le groupe bordelais GBNA, gestionnaire de l'établissement, ait démenti tout projet de fermeture en décembre, il reste silencieux face aux questions des soignants. Un membre du personnel, Perrine, explique : "La direction ne nous dit ni un OUI ferme, ni un NON ferme. C'est flou, d'où cette farandole, la direction nous fait tourner en rond!"
Aurélie, également sage-femme, partage ses craintes : "Où va-t-on retrouver du travail si la maternité ferme? Les opportunités sont restreintes ici." La fermeture de la maternité limiterait les options pour ses collègues. La situation est particulièrement préoccupante dans un département où une seule autre maternité existe à l’hôpital de Pau.
L'hôpital de Pau, dernière maternité en Béarn ?
Pour beaucoup de femmes ayant accouché à la polyclinique, le transfert à l'hôpital en cas de nécessité suscite des inquiétudes. Jessica, une maman présente lors de la manifestation, raconte : "J'ai accouché à la clinique. Au lendemain, j'ai dû être transférée à l'hôpital pour une complication. J'ai ressenti une grande différence en termes de suivi. L'hôpital assure des accouchements plus complexes, mais je me sentais plus seule là-bas."
Marion, qui a accouché cette année, prédit des défis si l'hôpital doit accueillir 40% de naissances supplémentaires : "Je crains que cela dégrade les soins dispensés aux mères car ils sont déjà en sous-effectif."
L'hôpital peut-il gérer seul ?
Bien que le nouvel pôle mère-enfant ait été créé, Sophie, gynécologue obstétricienne, prévient : "Nos collègues sont déjà débordés, et le modèle anglais, où les mamans rentrent le lendemain après l'accouchement, semble inadapté ici."
Le directeur de l'hôpital de Pau, Julien Rossignol, rassure : "Nous sommes capables d'absorber l'afflux de patientes, mais nous devrons recruter pour que cela réussisse." Cependant, il promet que les mères ne seront pas précipitées hors de l'hôpital si cela n'est pas nécessaire.







