En visite dans la Vienne ce vendredi, Edouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale, a dévoilé le dispositif "Collèges en progrès", destiné à améliorer le niveau scolaire des élèves. Cependant, les enseignants du collège Jean Macé à Châtellerault craignent que cette initiative ne se transforme en une nouvelle stigmatisation.
Hervé Pérochon, professeur de mathématiques, s'exprime au nom de ses collègues : "Quel est le message que vous nous envoyez ?" Ce constat est d’autant plus poignant que, selon les termes du ministre, 800 établissements doivent adopter ce dispositif. Pour être concernés, ces établissements doivent avoir 40 % d'élèves de troisième n'atteignant pas la moyenne de 8/10 en français et en mathématiques au brevet. Si Édouard Geffray assure que cette initiative répondra aux problématiques des écoles, les enseignants y voient plutôt une étiquette dévalorisante sans moyens supplémentaires.
Clémence Rampin, professeure de français, partage son désarroi, affirmant : "Nous voyons des élèves arrivant sans chaussettes, qui n'ont pas mangé le matin. Comment peut-on dire 'Collège en progrès' dans ces conditions ?" Effectivement, le collège Jean Macé accueille 347 élèves, dont 20 % sont des enfants du voyage, ainsi que ceux en grandes difficultés sociales. Ces réalités pèsent lourd dans le dialogue sur les attentes du ministre.
Les enseignants pointent également le manque de moyens. Valérie Mériau, enseignant l'histoire-géographie, affirme : "Il y a des choses que nous ne faisons pas bien, mais nous ne recevons pas de moyens supplémentaires pour aider nos élèves. Nous avons besoin d'infirmières, d'assistantes sociales, de médecins scolaires... Cette situation est insoutenable." Malgré des promesses budgétaires de 300 postes médico-psychologiques, la réalité au collège se traduit par la suppression de quatre heures d'enseignement dans la dotation globale.
Valérie précise : "Il va falloir faire mieux, mais avec moins, ou pareil. Quel espoir avons-nous que ce dispositif fonctionne dans ce contexte ? Les élèves, eux, se sentent déjà étiquetés comme les plus faibles. C'est démoralisant pour leur apprentissage." Édouard Geffray promet des fonds sociaux réaffectés, mais la question reste flottante : quels résultats concrets cette réforme apportera-t-elle ?
En fin de journée, le ministre a affirmé que l'intention n'était pas de stigmatiser, mais plutôt de favoriser un dialogue constructif entre les enseignants et la direction. Selon lui, "la vraie question est d'examiner les causes des difficultés des élèves sous un regard croisé, pour remédier aux problèmes identifiés par les enseignants". Avec seulement quatre demi-journées allouées pour cette réflexion, l’incertitude planant sur les résultats futurs de cette initiative demeure.







