Face à la montée des menaces, comment les armées européennes peuvent-elles s'adapter? Au salon de défense Eurosatory, se déroulant près de Paris, l'expertise ukrainienne attire tous les regards. Les Ukrainiens, forts d'une expérience de combat éprouvée, partagent leurs innovations, tandis que les entreprises israéliennes exposent également des solutions défensives.
Près de 80 sociétés ukrainiennes, contre seulement dix lors de l'édition précédente, présenteront des systèmes de drones et des missiles performants, du 15 au 19 juin à Villepinte. Ces technologies ont été mises à l'épreuve dans le conflit contre la Russie, et leur adoption est plus que jamais pertinente.
"Les Ukrainiens sont tellement avancés qu'on ne peut que les imiter", affirme Charles Beaudouin, commissaire du salon. Les experts internationaux reconnaissent que ce sont les spécialistes ukrainiens qui inspirent désormais les pays du Golfe, face à la menace des drones iraniens.
- "Détecter les failles capacitaires" -
Ce regain d’intérêt pour l'expertise ukrainienne est révélateur d'un changement d'approche au sein des armées européennes, soucieuses de combler leurs lacunes. Comme le souligne le général Beaudouin, "les armées prennent conscience de leurs faiblesses face à la menace russe, notamment dans la capacité d'attaque à distance".
Bernard Barrera, conseiller chez Thales, rappelle que la "frappe dans la profondeur" est une des compétences les plus recherchées. En collaboration avec ArianeGroup, Thales développe un missile de longue portée, et un projet concurrent par Safran-MBDA sera également présenté à Eurosatory.
L'Ukraine dévoilera à cette occasion un missile de croisière de 3000 km et un drone d'une portée de 1600 km, conçus par Fire Point, des armements qui ont déjà causé des dommages significatifs à la Russie, indique le général Beaudouin.
- "Répondre aux besoins immédiats" -
Patrick Aufort, directeur de l’Agence de l’innovation de défense (AID), pointe les lenteurs des industries européennes face à la demande accrue de technologies comme les drones. "Il est crucial de rattraper notre retard en concevant des solutions adaptées", souligne-t-il.
Des collaborations florissantes émergent parmi les startups françaises et de grandes entreprises, tâchant de tirer parti des connaissances de l'industrie automobile pour produire des drones de manière plus efficace. Néanmoins, le passage à une production intensive reste à concrétiser.
Le changement d'état d’esprit des États est palpable, soulignant la nécessité de technologies "prêtes à l'emploi", contrairement aux expos anciennes orientées vers des prospects futuristes, précise Beaudouin.
- "Importance des savoir-faire israéliens" -
Sur fond de guerre à Gaza, la France avait interdit toute participation israélienne en 2024. Toutefois, cette année, les entreprises israéliennes sont invitées à présenter des systèmes de défense antimissile, notamment l’"Iron Dome", une technologie essentielle que le monde a plus que jamais besoin.
Bien que la trentaine d'exposants israéliens ait été réduite à cause de diverses restrictions, le général Beaudouin est clair : "Si un stand semble ambivalent, il ne sera pas présent". Le salon s'annonce ainsi comme un terrain de tensions et d'opportunités, où l'expertise ukrainienne et israélienne pourrait bien transformer l'avenir des capacités de défense européenne.







