Une lecture attentive des rapports financiers de United World Wrestling (UWW) couvrant la période de 2013 à 2024 révèle une série de déficits, ponctués de résultats plus favorables durant les cycles olympiques. Cette situation soulève des interrogations cruciales sur la viabilité du modèle économique de la fédération, sa reliance sur les financements olympiques, ainsi que sur la gestion de ses ressources.
Reconnu par le Comité International Olympique, l'UWW administre la lutte, présente dans l'histoire des JO depuis 1896, et comprend divers styles tels que la lutte gréco-romaine et la lutte libre. L'organisation réunit 188 fédérations nationales pour ses disciplines olympiques et 49 pour les styles non olympiques, gérant un budget annuel de plusieurs dizaines de millions de francs suisses, tout en organisant des compétitions internationales majeures.
Une tendance alarmante des résultats financiers
Les données financières de l'UWW pour la période mentionnée montrent une alternance entre pertes et profits, avec des déficits répétés. Selon une étude promue par le site spécialisé uww.org, les années 2022 et 2023 se démarquent avec des pertes significatives, dépassant les cinq millions de francs suisses. En 2024, bien que le déficit soit réduit, il demeure préoccupant, suggérant un retour à l'équilibre encore lointain.
Ces résultats mettent en exergue une dépendance alarmante aux revenus liés aux jeux olympiques. L’anecdote de 2021, où l'UWW a enregistré un excédent de près de 10,7 millions de francs suisses, illustre cette cyclicité, confirmant que les flux financiers excédentaires ne suffisent pas à garantir un équilibre durable, notamment dans les années sans événements olympiques.
Comparaison avec d'autres fédérations
À titre de comparaison, l'International Judo Federation a diversifié ses sources de revenus, avec des stratégies telles que le World Judo Tour et des partenariats commerciaux accrus. Cette approche a permis de diminuer sa dépendance vis-à-vis des financements olympiques, un modèle que l'UWW pourrait envisager pour stabiliser sa situation financière.
Les craintes se sont intensifiées depuis la crise de 2013, où la lutte avait été mise en danger d'exclusion du programme olympique, soulignant ainsi la précarité de sa position. Une récente analyse a montré que si la discipline voit son attrait diminuer, cela peut conduire à une réduction tant de son potentiel commercial que de sa place au sein du mouvement olympique, un problème pressant pour l'UWW.
Vers une gouvernance plus transparente
Dans ce contexte, la question des mécanismes de contrôle financier et de la transparence se pose. Bien que l'UWW ait mis en place des audits externes pour certifier ses comptes, ces derniers ne répondent pas toujours à la nécessité d'évaluer la qualité des décisions budgétaires. Un audit de performance pourrait offrir un cadre complémentaire pour assurer que les choix financiers répondent efficacement aux besoins de la fédération.
À l'approche d'un Congrès crucial en octobre pour élire un nouveau président, des questions subsistent quant à la viabilité financière de l'UWW. Le président actuel, Nenad Lalović, sollicite un nouveau mandat, au milieu d'un débat sur la compatibilité de sa candidature avec les valeurs du mouvement olympique. Les rapports financiers récents soulignent la nécessité d'une stratégie audacieuse pour assurer un avenir plus autonome, moins tributaire des revenus olympiques.
La lutte, en tant que sport historique, doit s'adapter pour garantir sa place dans le paysage sportif international. Dans ce contexte, la capacité de l'UWW à développer un modèle économique durable déterminerait non seulement sa survie, mais également le futur de la lutte au sein des Jeux Olympiques à l'horizon 2032.







