Dans une démonstration spectaculaire de force, des agriculteurs membres de la Coordination rurale ont envahi Paris dans la nuit de jeudi. Une vingtaine de tracteurs ont été aperçus près de la Tour Eiffel, où des agriculteurs, déterminés, sont venus faire entendre leurs revendications cruciales.
« Nous avons mis moins d'une heure à arriver, et cela s'est fait sans aucune entrave », a déclaré Ludovic Ducloux, coprésident de la CR 33, citant l'efficacité de leur manœuvre. Vingt-quatre heures après avoir annoncé leur intention de faire résonner leur voix dans la capitale, ils y sont parvenus, marquant ainsi un tournant dans leurs actions.
Ce défilé de tracteurs, qui a également emprunté les Champs-Élysées, est le reflet de l’exaspération croissante des agriculteurs face à l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur, qui risque d’apporter une concurrence déloyale sur le marché européen. Sur l'un des tracteurs, un message clair s'affiche : « CR 33 NON AU MERCOSUR », incarnant l'esprit de résistance des agriculteurs. Des agitations similaires avaient déjà été observées, avec des incidents ponctuels et des interpellations allant de pair avec cette mobilisation.
Les préoccupations des agriculteurs dépassent le simple cadre de l’accord de libre-échange. Ils demandent également des simplifications administratives et un assouplissement des normes, souvent jugées trop restrictives. « Nos demandes ne sont pas entendues. La loi d'orientation agricole et la législation Duplomb ne répondent pas aux attentes de notre secteur », a déclaré un autre membre de la CR, évoquant la frustration croissante qui a conduit à cette action.
Les dirigeants des syndicats, tels que Bertrand Venteau, insisté sur l'importance de faire entendre leurs voix « pacifiquement, malgré les risques d'arrestation ». Les agriculteurs se sont engagés à boycotter les zones sensibles, à savoir l'Elysée et les ministères, conformément à un arrêté de la préfecture.
Ce mécontentement des agriculteurs est en grande partie alimenté par des décisions jugées inadaptées ou insuffisantes de la part du gouvernement. La gestion de l'épidémie de dermatose nodulaire bovine a particulièrement enflammé les tensions, renforçant l'idée que l'État n’a pas su anticiper les besoins du secteur agricole, principalement dans le Sud-Ouest, bastion historique de la CR.
Alors que l'été 2024 approche, les agriculteurs s'inquiètent également des évolutions concernant la Politique agricole commune (PAC) et des enjeux liés à la taxe carbone, des sujets évoqués lors des récents échanges avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui promet des mesures concrètes d'ici la fin de la semaine. Les syndicats sont en attente, mais leur patience semble s'amenuiser.
Emmanuel Macron a récemment cherché à apaiser les tensions en promettant un réexamen des taxes et des droits de douane, mais ces promesses ont été accueillies avec scepticisme par les agriculteurs. « Ce ne sont pas des avancées, mais une simple extension de délais », a murmuré Edouard Legras, vice-président de la CR, lors d'une interview, traduisant un sentiment général de désillusion.
Face à ce climat tendu, les agriculteurs se préparent à poursuivre leur mobilisation, renforçant ainsi leurs liens avec le public, tout en espérant que leur voix sera enfin entendue par des décideurs souvent éloignés des réalités du terrain. Ces événements à Paris pourraient ainsi préfigurer des conflits encore plus intenses à l'horizon, si aucune solution tangible n'est apportée.







