La notion de guerre hybride, alliant tactiques militaires et cybernétique, se renforce avec l'essor de la propagande numérique et des cyberattaques. Toutefois, un nouvel acteur entre en scène : l'intelligence artificielle. Le conflit au Moyen-Orient est le premier exemple marquant de l'interaction entre l'IA et la guerre à une telle échelle, principalement observé du côté des États-Unis. Le Pentagone a commencé à utiliser Claude, l'IA d'Anthropic, pour orchestrer des frappes en Iran, malgré les réticences exprimées par Donald Trump.
L'usage de l'IA dans le domaine de la défense n'est pas inédit, comme le souligne le Financial Times. Au cours des deux dernières années, l'armée américaine a intégralement intégré cette technologie dans ses opérations, lui conférant un accès inégalé à des données sensibles. Claude a été connecté au système intelligent Maven de Palantir, qui facilite l'identification et la hiérarchisation des cibles, permettant une réponse plus rapide et efficace.
Opérer à une vitesse et à une échelle sans précédent
Les outils tels que Claude se révèlent précieux pour les forces américaines, notamment grâce à leur capacité à [analyser les problèmes étape par étape](https://www.bfmtv.com/). Louis Mosley, responsable de Palantir pour le Royaume-Uni et l'Europe, explique que ces modèles permettent une synthèse approfondie, entraînant une augmentation notable du volume et de la rapidité des décisions militaires.
Cette rapidité a conduit à des opérations militaires d'une efficacité sans précédent, comme en témoigne l'expérience récente sur le terrain.
Dans une guerre où chaque seconde compte, l'IA modifie la « chaîne de destruction », diminuant le temps nécessaire entre la détection d'une cible et l'exécution. Ce processus, qui auparavant pouvait nécessiter des heures d'approbations humaines, est désormais manipulé par des algorithmes en quelques minutes, voire quelques secondes.
Les résultats sont impressionnants. Selon le CentCom, l'armée a pu identifier et frapper jusqu'à 1000 cibles en seulement 24 heures lors des dernières opérations en Iran. En quatre jours, ce chiffre est monté à 2000, atteignant près de 6000 cibles après deux semaines de conflit — un exploit sans précédent.
"Cette capacité d'opération à grande échelle est inégalée et marque une avancée significative dans le ciblage militaire", précise Sophia Goodfriend, chercheuse en technologie militaire à l'université de Cambridge.
Prendre des décisions plus vite, mais pas sans risque
L'intégration accrue de l'IA dans le processus décisionnel des forces américaines est significative. Avec plus de 20,000 utilisateurs en mai 2025, ce chiffre a considérablement augmenté, englobant des entités de l'OTAN. Frank Whitworth, directeur de la National Geospatial-Intelligence Agency, annonçait récemment un objectif ambitieux : "prendre 1000 décisions de haute qualité dans une heure".
Cependant, cette rapidité s'accompagne de risques. Si les machines peuvent prendre des décisions plus vite que les humains, elles ne sont pas infaillibles. Cette question de responsabilité devient cruciale lorsque des erreurs surviennent, notamment dans un contexte de guerre. Le récent bombardement d'une école primaire à Minab, en Iran, qui a causé 150 morts, en est un triste exemple. Bien que les détails de l'implication de l'IA dans cette tragédie restent flous, les premières enquêtes indiquent une [erreur humaine dans les coordonnées](https://www.bfmtv.com/international/moyen-orient/iran/le-bombardement-d-une-ecole-en-iran-du-a-une-erreur-de-l-armee-americaine-selon-les-premiers-resultats-d-une-enquete-militaire_AD-202603110857.) communiquées aux forces armées.
"L'incident de l'école soulève des interrogations sur la responsabilité. Comment pouvons-nous nous assurer que de telles erreurs ne se reproduisent pas à l'avenir?", s'interroge un ancien haut responsable de la défense.
La complexité du combat moderne, alliée à l'utilisation d'algorithmes, remet en question la fiabilité d'une technologie que l'on voudrait infaillible. Familiers des avancées technologiques, les militaires restent prudents face aux aléas des conflits contemporains.







