"Nous y sommes". Pour Thomas Juin, président de l'Union des aéroports français (UAF), la situation des aéroports français est devenue critique, exacerbée par les répercussions de la guerre au Moyen-Orient. Selon lui, les conséquences de cette guerre sur le trafic aérien pourraient marquer une accélération inquiétante du décrochage du secteur face à ses concurrents européens et internationaux.
Le premier choc vient de l'augmentation significative de la taxe sur les billets d'avion, qui devrait tripler avec le budget 2025. Bien que cela n'affecte pas immédiatement le nombre de voyageurs, cela pousse des compagnies low cost telles que Ryanair à réduire leurs opérations en France, notamment sur les aéroports régionaux. En conséquence, l'UAF indique que l'année dernière, 210,5 millions de passagers ont été enregistrés, une légère hausse de 2,2 % par rapport à 2022, mais toujours en deçà de 2019 (-1,8 %).
Une croissance européenne qui laisse la France en retrait
En comparaison, des pays comme l'Italie et l'Espagne ont enregistré des augmentations de 18,7 % et 17 % respectivement de leurs volumes de passagers par rapport à la période d'avant-crise. Sur l'ensemble de l'Europe, la hausse a atteint 6,6 %, triplant ainsi la performance française. Ce déclin inquiétant est également attribué à une baisse du marché intérieur, en chute de 27 % depuis 2019, en grande partie due à la concurrence du train à grande vitesse et à l'essor des visioconférences.
Pascal de Izaguirre, président de la Fédération nationale de l'aérien (Fnam), a également exprimé ses préoccupations concernant l'impact de ces hausses fiscales sur le secteur : "Nous avons prédit les conséquences négatives sur le trafic aérien français, et c'est désormais une réalité", a-t-il déploré.
Pression accrue sur le trafic aérien
La situation est lourde de menaces. La guerre en cours et la flambée des coûts du kérosène, qui représente jusqu'à 30 % des frais d'exploitation, conduisent de nombreux opérateurs à hausser leurs tarifs et à réduire leurs offres. Anko van der Werff, directeur général d'une importante entreprise aérienne, a noté qu'ils avaient été contraints d'annuler plusieurs centaines de vols, bien qu'ils tentent de minimiser ces réductions.
"Le prix du kérosène a doublé en seulement dix jours. Nous faisons de notre mieux pour gérer ces hausses, mais elles impactent directement notre secteur", a-t-il précisé. Selon Thomas Juin, ce phénomène va inévitablement générer une contraction supplémentaire du trafic, rendant la France encore plus vulnérable. "Les compagnies aériennes se verront contraintes de réévaluer leurs lignes, certaines devenant déficitaires", conclut-il, aux prises avec une incertitude croissante.







