Ce jeudi 16 avril, Éric Dupond-Moretti se retrouve devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris, accusé de "diffamation" par l'ancien juge Édouard Levrault. Selon nos sources, l'ex-garde des Sceaux ne sera pas présent à l'audience, mais sera représenté par son avocate, Me Jacqueline Laffont. Le verdict sera connu après délibérations.
Au centre de cette affaire se trouvent des accusations formulées dans le spectacle J'ai dit oui ainsi que dans deux de ses ouvrages, J'ai dit oui et Juré, craché, tous deux publiés par les éditions Michel Lafon. Dans ces œuvres, Dupond-Moretti accuse le juge Levrault d'avoir violé le secret de l'instruction lorsqu'il était en fonction. Levrault, quant à lui, qualifie ces affirmations de "propos gravement diffamatoires" et réclame ainsi 30 000 euros de dommages-intérêts.
Un conflit aux relents personnels
Pour comprendre la dynamique de cette affaire, il est essentiel d'examiner la relation tumultueuse entre Dupond-Moretti et Levrault, qui remonte à leurs carrières respectives d'avocat et de juge. Les tensions ont émergé lorsque Dupond-Moretti, alors avocat, avait taxé Levrault de pratiquer des "méthodes de cow-boy" dans une affaire les opposant.
Après sa nomination au ministère de la Justice en juillet 2020, Dupond-Moretti avait ouvert des enquêtes administratives contre plusieurs magistrats, dont Levrault. Cependant, en septembre 2022, le Conseil supérieur de la magistrature a blanchi Levrault, affirmant qu'il n'avait pas divulgué d’informations secrètes lors d’une interview, un revers pour Dupond-Moretti.
Simultanément, l'ex-garde des Sceaux était lui-même sous enquête pour "prise illégale d'intérêts" devant la Cour de justice de la République, soupçonné d'utiliser ses fonctions pour régler ses comptes avec des magistrats, y compris Levrault. En novembre 2023, il a cependant été relaxé.
Une animosité palpable
La bataille entre ces deux figures de la justice française est loin d'être terminée. Levrault insiste sur le fait que Dupond-Moretti l'a diffamé en continuant d'affirmer dans ses spectacles et ouvrages qu'il avait violé le secret de l'instruction, malgré son blanchiment par le CSM.
Le juge déclare que l'ancien ministre a proféré des déclarations diffamatoires sans aucune base factuelle, témoignant d'une "animosité et d'une intention de nuire confirmées". Les conclusions de son avocat, Me François Saint-Pierre, vont également dans ce sens, assurant que "Monsieur Dupond-Moretti ment, sa mauvaise foi est indéniable".







