Quel sort attend la collection d'André Rouillon, ce taxidermiste réputé de Bordeaux ? Avec près de 1 600 animaux naturalisés, tels que des singes, tigres et flamants roses, l'Office Français de la Biodiversité (OFB) a mis des mois à établir un inventaire détaillé. En première instance, Rouillon a été condamné pour détention et commercialisation d'espèces protégées. Lors de l'audience d'appel tenue ce jeudi à Bordeaux, il a tenté de convaincre la cour de la clémence, espérant voir la confiscation de ses animaux annulée.
La controverse a début en 2017 lorsqu'un tigre, acquis illégalement par Stéphanie Barthes, élève de Rouillon, a attiré l'attention des autorités. Barthes avait reconnu avoir acheté l’animal « au cul du camion ». Des vérifications à la boutique de Caudéran ont révélé que la collection d’André ne possédait pas les autorisations nécessaires, même pour la détention d'animaux morts, une pratique réglementée de manière stricte.
« Au cul du camion »
La cour a entendu des témoignages sur le cadre de travail de Barthes, qui associe la taxidermie à des performances artistiques surprenantes, où elle posait parfois nue auprès de carcasses. André Rouillon, âgé de près de 80 ans, s’est défendu en affirmant que sa collection datait d’avant 1981, période où la législation n’était pas aussi stricte, et a souligné qu’aucune vente n’avait été réalisée, mais seulement des « prestations » techniques. La juge lui a rétorqué qu'il avait continué à tirer des revenus de la situation, malgré sa cession de la boutique à Barthes en 2012.
Puits de science ou trafiquant ?
Selon l'avocat de la Sepanso, qui s'est constitué partie civile, « l'humanité ne doit pas s'approprier la mort de la nature ». Il a demandé 10 000 euros de dommages et intérêts. L'avocate générale a également souligné que, malgré le savoir-faire de Rouillon, de telles négligences dans un domaine soumis à réglementation ne peuvent être tolérées.
La défense de Barthes a mis en avant son désir de créer de l'art, affirmant qu'elle n’a pas initié la mort des animaux présentés dans ses œuvres. La cour rendra sa décision le 27 mai, et la tension est palpable autour de cette affaire qui soulève de vives questions sur le droit, l’art et l’éthique dans la conservation de la biodiversité.







