Un procès sous tension : la mort d'Olivio Gomes et les zones d'ombre de la filature policière

La cour s'interroge sur la légitimité de l'intervention ayant conduit à la mort d'Olivio Gomes.
Un procès sous tension : la mort d'Olivio Gomes et les zones d'ombre de la filature policière
L’analyse des trajectoires des tirs a notamment démontré que les deux dernières balles suivaient une trajectoire « d’arrière en avant ». © Crédit photo : Archives Philippe Salvat / SUD OUEST
La cour d'assises des Yvelines examine les circonstances de la mort d’Olivio Gomes, tué par un policier en 2020 après une course-poursuite dont la justification est remise en question.

Ce vendredi marquait le début du procès de Gilles G., un membre de la brigade anticriminalité de Paris, jugé pour le meurtre d’Olivio Gomes, un événement tragique survenu en 2020 après une filature. Lors de la nuit du 16 au 17 octobre, la Clio d’Olivio Gomes a été suivie sur le périphérique parisien et la RN 13, jusqu'à son domicile à Poissy, par un équipage de la BAC utilisée par la nuit.

Les premiers jours de l’audience ont permis de soulever des questions cruciales sur les raisons de cette filature. Alors que les policiers ont d'abord évoqué une conduite dangereuse justifiant leur intervention, des preuves vidéo ont rapidement contredit leur version. Nathalie Chaux, directrice de l’enquête de l’IGPN, a avoué devant la cour : « Nous avons cherché des infractions, mais rien ne corroborait leurs affirmations. » Des images de surveillance ne montrent aucun comportement inhabituel de la part d'Olivio Gomes, contredisant les dires des agents, qui semblent avoir cherché à justifier leur intervention.

Des versions contredites

Gilles G., âgé de 29 ans à l'époque des faits, avait seulement rejoint la brigade moins d'un mois avant l'incident. Pendant la course-poursuite, les policiers ont suivi la Clio sans activer les sirènes ni les gyrophares, après avoir été dépassés par la voiture d’Olivio.

Concernant les accusations de conduite dangereuse, la directrice de l’enquête a affirmé que dès le début, les déclarations des policiers étaient « inexactes » : « Ils cherchaient à justifier leur contrôle, mais rien n’indiquait qu’il y avait une infraction. » En effet, les techniques de filature utilisées par les policiers n'étaient pas enseignées, bien qu'elles ne soient pas explicitement interdites par les formateurs de l’école de police.

Trois tirs mortels à l’arrêt du véhicule

Après une de ces filatures, au bout de quinze minutes, les agents ont demandé à Gomes de quitter l'autoroute. Ce dernier a continué jusqu'à chez lui sans répondre immédiatement aux commandements des policiers. À son arrivée, alors qu’il stoppe sa voiture, Gilles G. sort de son véhicule, arme au poing, et ordonne à Gomes de s'arrêter. Lorsque ce dernier tente de redémarrer, le policier tire à trois reprises, touchant mortellement Gomes, qui s'encastre alors dans une autre voiture.

Olivio Gomes, d'origine bissau-guinéenne, était un père de trois enfants et a perdu la vie à l'âge de 28 ans. Gilles G., aujourd'hui âgé de 35 ans, continue de travailler à la police nationale, mais sous contrôle judiciaire et sans arme. Il a toujours maintenu qu'il avait agi pour se défendre, suggérant que Gomes aurait tenté de l'écraser avec son véhicule. Cependant, des expertises judiciaires remettent en cause cette version : les trajectoires des balles indiquent que le tireur était en fait situé derrière la voiture, réfutant la thèse de légitime défense.

Le procès de Gilles G. soulève des questions importantes sur le fonctionnement des forces de l’ordre et les réalités de la filature policière, alors que la société française fait face à un débat crucial sur la violence policière. Le verdict est attendu pour le 26 mars, alors que la société attend des réponses sur une tragédie qui soulève des inquiétudes sur les pratiques policières.

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