Après des années d'isolement, les États-Unis, sous Donald Trump, choisissent désormais de s'engager auprès des régimes militaires du Sahel. Ce revirement met l'accent sur la sécurité et l'accès aux ressources naturelles, éclipsant ainsi les préoccupations liées à la démocratie.
Bien que l'Afrique ne soit pas une priorité pour l'administration Trump, le pays est soucieux de voir la Chine et la Russie s'implanter dans des nations riches en uranium, or et lithium, matières essentielles à l'économie mondiale. C'est dans ce contexte géopolitique sensible que les États-Unis ont suspendu leur soutien militaire et financier au Burkina Faso, au Mali et au Niger, après une série de coups d'État militaires entre 2020 et 2023.
Suite à ces événements, le Niger a expulsé environ 1 000 soldats américains, en plus des forces françaises. L'administration Biden a également dû fermer une base, privant ainsi les forces américaines de capacités de surveillance par drones sur cette région instable.
Nick Checker, responsable pour l'Afrique au Département d'État américain, a déclaré qu'il est inévitable de « composer avec le monde tel qu'il est » et que les États-Unis ne doivent pas se leurres quant à leur pouvoir d'imposer démocratiquement leur volonté. « S'engager avec ces gouvernements est en soi un outil, même si cela ne signifie pas approuver leur arrivée au pouvoir », a-t-il affirmé lors d'un entretien avec l'AFP.
Checker a récemment visité le Mali, le Niger et le Burkina Faso, des pays qui, ces dernières années, ont tous tourné leur regard vers la Russie pour des alliances stratégiques.
« Mon objectif dans ces discussions était de corriger l'approche moralisante de l'administration Biden, qui a généré un important déficit de confiance. Cela a véritablement dégradé nos relations », a-t-il ajouté.
En février, les États-Unis ont levé les sanctions contre le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, après des allégations de liens avec le groupe paramilitaire russe Wagner, connu pour des violations des droits humains.
Un rapport de l'ONU a accusé l'armée malienne et des mercenaires présumés de Wagner d'avoir tué au moins 500 personnes lors d'une opération anti-jihadiste à Moura, accusation que la junte dément.
Les pays du Sahel sont confrontés depuis plus d'une décennie à la menace persistante de l'État islamique et d'al-Qaïda, avec des résultats mitigés. La France, qui a mené des opérations militaires sous le nom de « Barkhane », a retiré ses dernières troupes en 2025, alors que le sentiment anti-français grandissait au profit de l'influence russe.
Selon Nick Checker, les pays du Sahel semblent « ouverts » à envisager une coopération sécuritaire renouvelée avec les États-Unis, mais cet engagement exigera du temps en raison d'un « profond déficit de confiance ». La mission de sauver un missionnaire américain enlevé à Niamey reste une priorité pour Washington.
« Au Mali, la coopération américaine en renseignement est presque fixée. Nous discutons encore de détails, car les États-Unis veulent une exclusivité dans un domaine où les collaborations russes et chinoises sont déjà présentes », a déclaré une source sécuritaire malienne.
En ce qui concerne le développement économique, ces nations parmi les plus pauvres du monde se montrent prêtes à recevoir des investissements américains tout en veillant à préserver leur souveraineté. Flagship Gold Corp., une société américaine, a récemment signé un accord avec le Mali pour relancer une mine d'or à Morila.
L'accès aux minerais est devenu un axe central de la diplomatie américaine, du Congo à l'Ukraine. Au Niger, la coopération économique avec Washington devrait entraîner une présence accrue des entreprises américaines dans le pays.
Cependant, Ebenezer Obadare du Council on Foreign Relations met en garde contre une vision à court terme que les États-Unis pourraient regretter, mettant en lumière le risque d'une politique axée uniquement sur les affaires sans égard pour les impératifs sociopolitiques.







