Une intervention policière sans précédent a eu lieu dimanche au siège de l'organe électoral péruvien (ONPE) suite à des complications concernant l'ouverture de 15 bureaux de vote. Ces retards surviennent au milieu d'une présidentielle marquée par une ambiance d'insécurité et un fort mépris envers les institutions.
La police anticorruption et des agents enquêteurs ont agi à l'ONPE ainsi qu'auprès de l'entreprise responsable de la logistique électorale. L'ONPE a confirmé que la distribution du matériel nécessaire au vote n'a pas été effectuée à temps, ce qui a laissé plus de 60.000 électeurs sans possibilité de voter.
Pour pallier le manque de bureaux de vote, les autorités ont prolongé leur horaire de fermeture d'une heure, afin d'offrir une chance supplémentaire aux électeurs, mais cela n'a pas suffi à apaiser les tensions croissantes. Des journalistes ont rapporté la présence de forces de l'ordre autour du bâtiment, en pleine manifestation où des pancartes demandaient la démission de Piero Corvetto, le chef de l'ONPE.
Cette présidentielle, qui se déroule avec un nombre record de 35 candidats, se situe dans un contexte de flambée de la criminalité et de désaveu général envers la classe politique. Dans les sondages, aucun candidat ne dépasse les 15 % d'intentions de vote, rendant presque inévitable un second tour prévu pour le 7 juin prochain.
Avec plus de 27 millions d'électeurs appelés à voter pour choisir leur président et les parlementaires, cette élection marque également le retour d'un Parlement bicaméral après des décennies. Les informations de Latinobarometro suggèrent que plus de 90 % des Péruviens n'ont "peu" ou "aucune confiance" dans leurs institutions, exacerbant une défiance déjà bien installée.
Rocio del Rio, 57 ans, a exprimé sa frustration après avoir voté dans un quartier populaire de Lima, affirmant : "Nous choisissons notre candidat à la présidentielle, mais on sait que ce sera pour un temps limité et que le Congrès finira par le destituer." Cette méfiance s'explique en partie par la succession de huit présidents depuis 2016, dont la moitié ont été destitués, et plusieurs affaires de corruption qui touchent des figures politiques majeures.
La radio RPP annonce que 252 candidats ont été condamnés pénalement, une situation qui envenime le climat électoral déjà tendu. Les sondages récents révèlent une possible prédominance de candidats conservateurs, notamment Keiko Fujimori, qui se mesure à des personnalités comme Carlos Alvarez, humoriste populiste, et Rafael Lopez Aliaga, ultraconservateur.
Des candidats de gauche peuvent également créer la surprise, comme l'ex-ministre Roberto Sanchez, qui a promis la grâce de l'ex-président Pedro Castillo. L'ampleur du bulletin de vote, long de 44 cm, témoigne de la complexité du scrutin, qui a été dominé par des enjeux de sécurité face à un taux d'homicides en forte hausse depuis 2018.
Raul Cabana, un ouvrier de 45 ans, a partagé sa désillusion en ces termes : "Tout va très mal (...) on part travailler sans savoir si l'on rentrera à la maison." Les statistiques indiquent que les homicides annuels se chiffrent désormais à environ 2.600, avec une multiplication par huit des plaintes pour extorsion. Cette montée de la violence est attribuée à l'ascension de groupes criminels transnationaux.
Les solutions proposées par les candidats incluent des mesures extrêmes, comme le rétablissement de la peine de mort. Rafael Lopez Aliaga a promis d'agir rapidement pour instaurer un climat de sécurité, tandis que Keiko Fujimori a évoqué des expulsions de migrants illégaux pour renforcer l'ordre.
Étrangement, le président intérimaire de gauche, José Maria Balcazar, ne pourra pas se porter candidat, laissant ainsi un vide dans le paysage politique national.







