L'Assemblée nationale française discute ce lundi d'un projet de loi tant attendu qui vise à simplifier le retour en Afrique des œuvres d'art volées durant la période coloniale. Ce développement fait suite à des années de revendications, intensifiées depuis les indépendances des pays africains et soutenues par l'Unesco depuis les années 1970.
Ce texte, présenté par le président Emmanuel Macron en 2017 à Ouagadougou, a été plusieurs fois ajourné avant d'être enfin soumis au débat. Adopté par le Sénat à l'unanimité en janvier, il représente un pas en avant pour la France, qui a déjà restitué en 2020 des œuvres significatives au Bénin et au Sénégal.
Malgré ces récentes initiatives, les restitutions restent limitées. Un tambour parleur, le "Djidji Ayokwe" confisqué en Côte d'Ivoire depuis 1916, ne sera finalement restitué qu'en 2026, mettant en lumière les complexités liées à la législation française sur les collections publiques.
La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a récemment souligné que ce nouveau cadre législatif vise à simplifier le processus par le biais de décrets au lieu de passer par un long processus parlementaire. Ce projet de loi inclut des critères rigoureux pour déterminer la légitimité des restitutions et la consultation de comités scientifiques et parlementaires.
Cependant, les limites temporelles de cette loi, qui ne couvre que les biens pillés entre 1815 et 1972, soulèvent des critiques. Certains, comme le parti de la France insoumise, souhaitent élargir ces critères, arguant que des trésors comme le Codex Borbonicus devraient également être considérés.
Actuellement, une dizaine de demandes de restitution ont été formulées, parmi lesquelles des revendications de l'Algérie pour des objets de l'émir Abdelkader et du Mali pour des pièces du trésor de Ségou. Le Bénin a également exprimé le souhait de récupérer d'autres artefacts, dont une statue d'un dieu local.
La nature diplomatique de ces restitutions est d'autant plus sensible alors que plusieurs pays, désormais dirigés par des gouvernements critiques envers la France, expriment de telles demandes. Le Rassemblement national prône quant à lui un retour aux relations cordiales pour justifier ces restitutions, tandis que les partis écologistes dénoncent l'absence du terme "colonisation" dans le texte.
Catherine Pégard a défendu ce projet de loi, en affirmant qu'il n'y a ni déni ni repentance, mais plutôt une volonté d'apaiser les mémoires. Cette loi vient compléter un ensemble législatif récent, ciblant également les biens spoliés durant la Seconde Guerre mondiale et les restes humains.







