Julius Malema, leader charismatique des "Economic Freedom Fighters" (EFF) en Afrique du Sud, a été déclaré coupable jeudi et condamné à cinq ans de prison pour avoir tiré avec un fusil d'assaut lors d'un rassemblement festif il y a près de huit ans. Il a immédiatement dénoncé une "décision raciste" émanant de la magistrate.
Cependant, le tribunal a permis à Malema de rester libre pendant qu'il se prépare à faire appel de cette décision, une perspective que ses partisans accueillent avec soulagement.
Face à une foule enthousiaste rassemblée devant le tribunal de KuGompo, l'ex-juge de la jeunesse de l’ANC a lancé une attaque virulente contre la magistrate, l'accusant sans preuves d'appartenir à un groupe identitaire pro-african. "La magistrate Olivier est une raciste notoire", a-t-il martelé, révélant ainsi la polarisation croissante de la politique sud-africaine.
Malgré son infraction, Malema pourra continuer à siéger à l'Assemblée nationale, ce qui apporte une bouffée d'air frais à ses fervents soutiens. Manyema Mahlatse, un chômeur de 32 ans, a exprimé sa joie : "Je suis tellement heureux. Je ne pouvais pas imaginer que notre commandant en chef allait dormir en prison".
Un impressionnant dispositif de sécurité était mis en place à KuGompo, alors que la police sud-africaine a averti qu'elle ne tolérerait aucune forme de désordre. Des tensions ont éclaté à Mbombela, où des sympathisants de l'EFF ont tenté de bloquer des routes principales, amenant la police à disperser la foule avec des gaz lacrymogènes.
"On combat l'ennemi et l'ennemi, c'est le suprémacisme blanc", a lancé Malema, insistant sur le fait que les tentatives pour le réduire au silence échoueront toujours. Vêtu d'un costume noir avec une cravate rouge, symbole de son parti, il a reçu la nouvelle du verdict avec calme.
L'affaire de ce tir remonte à la célébration du cinquième anniversaire de l'EFF, où Malema et son ancien garde du corps avaient tiré en l'air, risquant jusqu'à 15 ans d'emprisonnement. La juge a souligné que la condamnation ne concernait pas le parti, mais un individu.
En août dernier, Malema avait déjà été reconnu coupable de discours haineux après des déclarations controversées lors d'un rassemblement. Ces incidents s'ajoutent à un long héritage de provocations qui ont nourri les tensions raciales en Afrique du Sud, notamment sa chanson emblématique "Kill the Boer, kill the farmer!".
La réaction à cette condamnation a été mitigée : le nouveau leader de l'Alliance démocratique a qualifié cette décision de "grand jour pour l'état de droit" tandis que d'autres, comme le maire du Cap, ont affirmé que cette peine souligne la nécessité de tenir tout un chacun responsable de ses actes, surtout au regard des violences armées qui, selon lui, sont hors de contrôle dans le pays.
D'inspiration marxiste, les Economic Freedom Fighters plaident pour une redistribution des richesses et des réformes significatives afin de lutter contre les inégalités héritées de l'apartheid et de la colonisation. En dépit des récentes difficultés électorales, Malema demeure une figure centrale du paysage politique sud-africain, attirant à la fois loyalités ferventes et critiques acerbes.







