En 2015, lors d'une réunion sur la crise de la dette en Grèce, Christine Lagarde, alors directrice générale du FMI, exhortait à dialoguer avec "des adultes dans la pièce", une expression qui a été largement reprise depuis pour désigner les responsables capables de prendre des décisions éclairées et justes en période de crise. Aujourd'hui, à chaque sommet politique, la question résonne : qui est cet adulte capable de guider le discours ?
Aux États-Unis, cette semaine, une enquête du Wall Street Journal suggère que ce n'est pas Donald Trump. En effet, plusieurs de ses conseillers l'auraient écarté de la Situation Room durant l'opération délicate de sauvetage de pilotes d'un avion abattu en Iran, le tenant informé uniquement par téléphone. Ce retrait du président, perçu comme un enfant turbulent, laisse transparaître l'instabilité actuelle de la gouvernance américaine, que le sénateur français Claude Malhuret a récemment comparée à la cour de Néron.
Cette enquête s'inscrit dans un contexte médiatique riche, avec d'autres révélations provenant de Axxios, New York Times, ou Vanity Fair. Ces médias peignent le portrait d'un président fatigué, ayant des difficultés de concentration mais restant actif sur les réseaux sociaux, obsédé par son héritage et la construction de monuments à sa gloire, tels que la salle de bal de la Maison-Blanche ou un projet d'arc de triomphe à Washington.
Au sein de cette Maison Blanche chaotique, l'adulte semble être Susie Wiles, la cheffe de cabinet, qui, dans une enquête approfondie de Vanity Fair, a décrit Trump comme ayant des traits caractéristiques d'une personnalité d'alcoolique. Bien que cela ait suscité une réaction mitigée parmi ses partisans, Wiles apparaît comme celle qui gère la complexité de la situation, filtrant les interactions entre Trump et ses conseillers tout en rappelant les réalités du conflit en Iran, loin des montages vidéo glorifiant les succès de l'armée américaine.
Cependant, la cheffe de cabinet peine à apaiser les rivalités internes entre figures républicaines comme Marco Rubio et JD Vance, ou à gérer les tensions avec des membres agissant dans l'ombre. Trump, quant à lui, semble inarrêtable, multipliant les publications intempestives sur ses réseaux sociaux, tout en donnant d'amples aperçus de la guerre de succession qui l'attend en 2028.
Les républicains les plus optimistes évoquent la "madman theory", supposant qu'il adopte une stratégie provocatrice pour désorienter ses adversaires. D'un autre côté, les plus pessimistes évoquent le 25e amendement, soulevant des questions inquiétantes sur son aptitude à gouverner. Alors que la guerre en Ukraine continue et que des sondages laissent entrevoir une débâcle lors des élections de mi-mandat, les critiques sur la gestion de l'économie s'intensifient, rendant la question de l'adulte dans la pièce plus pertinente que jamais à Washington.







