"Libertad, Libertad!" sous un déluge tropical, des centaines de détenus se rassemblent dans la cour de la prison de Bata, la deuxième ville de Guinée équatoriale. En face d'eux, le pape Léon XIV, accueilli lors d'une cérémonie soigneusement orchestrée par le gouvernement de ce pays souvent critiqué.
À son arrivée de l'aéroport, par une route bordée de maisons en tôle et de chantiers à l'abandon, le pape américain a parcouru un chemin menant à la prison, majestueusement rénovée pour l'occasion, ses murs récemment repeints en saumon. La prison, flanquée de barbelés et de piques métalliques, se distingue dans un pays où des voix s'élèvent contre les violations des droits de l'homme.
Sous la direction de Teodoro Obiang Nguema depuis 1979, la Guinée équatoriale d'environ 2 millions d'habitants est souvent décrite comme un état où la répression coexiste avec un simulacre de démocratie. La visite du pape offre aux autorités une opportunité inédite d'améliorer l'image d'un système carcéral critiqué par de nombreuses ONG pour ses conditions infernales.
Avec tapis rouge et musique festive, la scénographie crée un contraste avec les récentes dénonciations sur les conditions de détention. Dans un rapport de 2023, le département d'État américain a évoqué des cas de torture et une surpopulation alarmante dans les prisons du pays.
Le ministre de la Justice, Reginaldo Biyogo Mba, a vanté les efforts des autorités au service d'une prétendue démocratie, mais la réalité à l'intérieur des murs de la prison est bien différente. Dès l'entrée, une odeur âcre de transpiration et d'humidité envahit l'air. Environ 600 détenus, en majorité de jeunes hommes vêtus de tenues orange ou vert kaki, se tiennent alignés, sous le regard attentif des agents pénitentiaires.
Avec des drapeaux du Vatican en mains, ils patientent silencieusement, privés de toute parole. À l'arrivée du pape, la musique entraînante déclenche un chant joyeux, un moment de liesse orchestré à l'avance. Puis, alors que la pluie commence à tomber, Léon XIV proclame en espagnol : "La pluie est une bénédiction de Dieu!" suscitant une vague d'enthousiasme.
Il rappelle que "l'administration de la justice doit toujours viser la dignité humaine", un message audacieux dans un contexte où toute critique du régime peut engendrer de graves conséquences.
À la fin de la rencontre, les détenus expriment leur joie dans une danse collective, chantant "Libertad! Libertad!" dans une rare explosion de spontanéité. Lors d'une messe à Mongomo, le matin même, le pape a appelé à une expansion des espaces de liberté pour garantir la dignité de chaque individu.
Cette visite marquera-t-elle un tournant pour les droits humains en Guinée équatoriale? Les statistiques sur la population carcérale, souvent obsolètes, laissent planer le doute. Amnesty International a souligné en 2021 que des centaines de détenus sont maintenus dans des conditions inacceptables, souvent condamnés à des peines injustes.







