Les gouvernements français et britannique viennent de conclure un nouvel accord destiné à réduire les traversées clandestines de la Manche, un sujet au cœur de nombreux débats. Cependant, ce financement est en partie conditionné à l'efficacité des mesures mises en place pour dissuader les candidats à l'exil.
Suite à des mois de discussions serrées, les deux nations ont réussi à s'accorder pour prolonger le traité de Sandhurst sur les trois prochaines années. Ce traité, initialement signé en 2018 et renouvelé l'année dernière, devait expirer en 2026.
Pour la première fois, une partie du financement britannique, qui pourrait atteindre jusqu'à 766 millions d'euros sur trois ans, est soumise à des conditions de résultats concernant l'efficacité des mesures anti-immigration. Les 580 millions d'euros garantis par Londres représentent une augmentation par rapport aux 540 millions précédemment alloués.
En cas de résultats jugés insuffisants lors des évaluations annuelles, la feuille de route prévoit une réorientation de ce financement vers d'autres initiatives, indiquant ainsi un réel engagement à mesurer la portée de leurs actions, selon des sources de l'AFP.
D'après les données officielles britanniques, 41.472 personnes sont arrivées irrégulièrement au Royaume-Uni par de petites embarcations en 2025, un chiffre qui constitue le deuxième plus élevé depuis le début des traversées en 2018. Malheureusement, cette année a également vu la mort d'au moins 29 migrants en mer, selon des estimations de l'AFP.
Du côté français, les autorités soulignent une diminution de 50 % des arrivées au Royaume-Uni par rapport à l'année précédente, tandis que 480 passeurs ont été appréhendés en 2025, d'après les informations du ministère de l'Intérieur français.
Cet accord, dont les modalités seront discutées lors d'une visite conjointe des ministres de l'Intérieur à Dunkerque, prévoit un renforcement significatif des forces de l'ordre, avec une augmentation de 50 % pour atteindre environ 1.400 agents d'ici 2029.
Une unité spécifique de CRS, dédiée à la lutte contre l'immigration clandestine, ainsi que le déploiement de drones et d'hélicoptères, doit également permettre d'améliorer les mesures de prévention face aux « taxi-boats ».
Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a affirmé que cette collaboration avait déjà permis d'empêcher des dizaines de milliers de traversées. Il a ajouté que cet accord historique renforcerait la surveillance et la présence sur le terrain pour protéger les frontières britanniques.
Cependant, des critiques persistent concernant la capacité des forces de l'ordre britanniques à gérer ces flux migratoires toujours plus risqués. Dans ce contexte, le député et ancien leader du UKIP, Nigel Farage, exprime ses préoccupations sur l'inefficacité des mesures actuelles.
Conformément au droit international, une fois qu’un bateau est à l’eau, les autorités peuvent uniquement intervenir pour sauver des vies, ce qui complique encore davantage la lutte contre ces traversées.
Les discussions autour de cet accord interviennent à quelques semaines des élections locales, un tournant crucial pour le gouvernement de Starmer qui fait face à une pression croissante en provenance du parti d'extrême droite Reform UK.
Précédemment, un autre accord, dénommé « un pour un », avait été mis en place pour freiner ces traversées, permettant le renvoi de migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni, en échange de l'accueil légal de migrants déjà en France. Toutefois, cet accord n'a jusqu'à présent concerné qu'un nombre très réduit de personnes.
Jeudi, les ministres de l’Intérieur français, Laurent Nuñez, et britannique, Shabana Mahmood, se dirigeront vers Loon-Plage près de Dunkerque pour inauguré un Centre de rétention administrative destiné à héberger des étrangers sous obligation de quitter le territoire français.
« Cet accord historique empêchera les migrants illégaux d'entreprendre ce périlleux voyage et mettra les passeurs derrière les barreaux », a déclaré Mahmood.







