Vers un nouveau chapitre pour la Manche : accord historique entre la France et le Royaume-Uni

Découvrez les détails d'un nouvel accord visant à freiner les traversées de la Manche.
Vers un nouveau chapitre pour la Manche : accord historique entre la France et le Royaume-Uni
©Sameer Al-DOUMY, AFP - Des migrants tentent de traverser la Manche à bord d'un bateau de passeurs au large de Gravelines, dans le nord de la France, le 14 avril 2026

Un accord récemment signé entre les autorités françaises et britanniques vise à contrer les traversées clandestines de la Manche. La partie britannique conditionne une partie de son financement à l'efficacité des mesures mises en œuvre pour contenir les flux migratoires.

Après de longues négociations, les deux pays ont convenu de prolonger pour trois ans le traité de Sandhurst, initialement signé en 2018. Ce dernier, reconduit en 2023, devait expirer en 2026.

La nouvelle initiative inclut un budget pouvant atteindre 766 millions d'euros sur trois ans, dont 186 millions d’euros seront conditionnés à la mise en place de mesures efficaces pour minimiser les traversées irrégulières des migrants. Seuls 580 millions d’euros sont donc garantis, représentant une augmentation par rapport aux 540 millions alloués précédemment.

En cas de performances jugées insuffisantes lors des évaluations annuelles, une partie de ce financement pourrait être redirigée vers d’autres actions, avertit un document de la feuille de route consulté par l’AFP.

Selon les statistiques officielles, 41.472 personnes ont effectué des traversées irrégulières vers le Royaume-Uni en 2025, le deuxième chiffre le plus élevé depuis 2018. Malheureusement, au moins 29 migrants ont perdu la vie en mer cette année-là, selon le décompte de l’AFP basé sur les rapports des autorités françaises et britanniques.

Du côté français, il est tout de même noté qu’il y a eu une diminution de 50 % des arrivées cette année par rapport à 2024. Par ailleurs, environ 480 passeurs ont été appréhendés en 2025, rapporte le ministère de l'Intérieur de France.

L'accord, dont les détails seront discutés lors d'une visite des ministres de l'Intérieur français et britannique sur le littoral, prévoit d'augmenter les forces de l'ordre de 50 %, avec un effectif prévu d'environ 1.400 agents d'ici 2029.

Une unité de CRS, entièrement financée par la France, sera formée pour lutter contre l'immigration clandestine. Elle inclura également l'utilisation de drones, d'hélicoptères et d'autres technologies pour mieux surveiller et contrer les tentatives de traversées, en particulier celles effectuées par des "taxi-boats".

Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a déclaré que cette collaboration avait déjà permis d’empêcher des dizaines de milliers de traversées. "Cet accord historique nous permettra d’aller plus loin en renforçant l'intelligence, la surveillance et la présence sur le terrain pour protéger nos frontières", a-t-il affirmé.

Cependant, les forces de l'ordre britanniques sont souvent critiquées pour leur manque d'intervention efficace face à ces embarcations de fortune qui prennent des risques de plus en plus importants pour éviter les contrôles en s’embarquant directement en mer.

Conformément au droit international maritime, les autorités ne peuvent intervenir que pour secourir des vies en mer une fois que les embarcations sont à l'eau.

Une grande partie des ressources de cette initiative sera dédiée dès le début de l'été, période traditionnellement propice aux départs de migrants, souligne le document.

À l'approche des élections locales jugées cruciales pour le maintien de Keir Starmer à son poste, son gouvernement travailliste, sous pression du parti d'extrême droite Reform UK, a promis de "reprendre le contrôle des frontières".

L'été dernier, un nouvel accord dit "un pour un" a été conclu entre les deux nations, visant à limiter les traversées irrégulières. En théorie, ce document prévoirait le renvoi vers la France de migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni, en échange de l'accueil de migrants en France. Cependant, cette initiative n'a concerné jusqu'à présent que quelques centaines de personnes.

Les ministres de l'Intérieur, Laurent Nuñez de France et Shabana Mahmood du Royaume-Uni, doivent se rendre jeudi à Loon-Plage près de Dunkerque, sur le site d'un futur Centre de rétention administrative (CRA). Ce centre accueillera des étrangers sous obligation de quitter le territoire français.

Avant la signature, Mme Mahmood a déclaré : "Cet accord historique empêchera les migrants illégaux d'entreprendre ce périlleux voyage et mettra les passeurs derrière les barreaux."

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