Le jeudi 30 avril, Reporters sans frontières a annoncé que la liberté de la presse n'a jamais été aussi menacée depuis 25 ans. Ce rapport souligne une dégradation significative, depuis les États-Unis où le président Donald Trump aurait mené des attaques répétées contre la presse, jusqu'à l'Arabie Saoudite où un journaliste a été exécuté en 2025.
Pour la première fois dans l'histoire de ce classement, plus de la moitié des nations (94) sont considérées comme étant en situation critique ou très grave, alors qu'en 2002, elles ne représentaient qu'une petite fraction (13,7%). Avec une échelle allant de "très grave" à "bonne", RSF note une baisse alarmante du score moyen des 180 pays analysés.
Alors que le quota de la population vivant dans un pays où la situation des médias est jugée "bonne" chute à moins de 1%, seuls sept pays nord-européens, avec la Norvège en tête, peuvent se vanter de ce statut. La France figure au 25e rang, avec une "situation plutôt bonne".
Les États-Unis, en crise, perdent sept places pour se classer 64e, se retrouvant entre le Botswana et Panama. Outre des attaques fréquentes contre les journalistes, ce recul s'accompagne de l'expulsion de Mario Guevara, un journaliste salvadorien dénonçant les arrestations de migrants.
Entraves multiples
Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF, affirme que "les attaques contre les journalistes se diversifient. Les menaces persistent, mais les pressions prennent des formes économiques, politiques et légales." Elle met en avant que ces problèmes ne se limitent plus uniquement à des attaques physiques.
Le rapport met également en avant des pays comme le Salvador (143e), qui, depuis 2014, a subi une chute de 105 places due à la guerre contre les gangs, et la Géorgie (135e), où la répression s'est intensifiée.
Le Niger, quant à lui, est signalé comme le pays avec la plus forte baisse en 2026, chutant de 37 places, illustrant la dégradation continue de la liberté de la presse au Sahel, exacerbé par les conflits et les coups d'État.
L'Arabie Saoudite (176e), où le chroniqueur Turki al-Jasser a été exécuté, est en compagnie de la Russie, de l'Iran et de la Chine, toutes en bas du classement, suivi par l'Érythrée (180e).
À l'inverse, la Syrie (141e) connaît une amélioration significative, bondissant de 36 places après une dynamique politique favorable.
Procédures-bâillons
Les mesures légales qui restreignent le travail des journalistes se sont également intensifiées ces dernières années. Des lois liées à la sécurité nationale et au secret défense entravent la capacité des journalistes à faire leur travail. Selon Bocandé, ces pressions se ressentent même dans des démocraties.
Les "procédures-bâillons", qui consistent en des poursuites judiciaires pour diffamation et autres charges, sont devenues un outil pour intimider les journalistes. Au Guatemala, par exemple, José Rubén Zamora a été condamné à plusieurs années de prison pour ses articles sur la corruption. Cette dynamique inquiétante a également été observée en France, selon certaines études sur les médias locaux datant de 2023.
Les lois deviennent de plus en plus oppressives pour les journalistes, alors qu'elles devraient les protéger, conclut Anne Bocandé.
Malgré ce contexte troublant, des solutions existent, comme le règlement de la Commission européenne sur la liberté des médias, mis en œuvre en 2025, ainsi que la directive européenne contre les procédures-bâillons.







