Selon deux récentes études, les thérapies ciblées montrent leurs limites face à certaines formes de cancer.
Les thérapies ciblées représentent une révolution dans le traitement du cancer, promettant de traiter la maladie avec une précision inédite. Toutefois, les dernières recherches révèlent que certaines formes de cancer résistent encore à ces innovations. « C'est devenu une classe incontournable de traitements depuis le milieu des années 2000, mais cela n’a pas complètement remplacé la chimiothérapie », explique Manuel Rodrigues, oncologue et vice-président de la Société française du cancer.
Ces thérapies diffèrent des traitements traditionnels. Alors que la chimiothérapie détruit plus largement les cellules anormales et que certaines immunothérapies tentent de stimuler le système immunitaire, les thérapies ciblées se concentrent sur des mécanismes précis au sein des cellules cancéreuses.
Des succès, mais des résultats inégaux
Avec près de trois décennies d'innovations, les thérapies ciblées ont réellement révolutionné les pronostics pour certains cancers comme ceux du poumon, les leucémies et les mélanomes. Cependant, deux études récentes publiées dans Nature Medicine soulignent des résultats décevants. La première étude, datant de mars, a examiné l'efficacité de l'olaparib en combinaison avec une immunothérapie pour les cancers du pancréas, et la seconde, publiée fin avril, s'est penchée sur trois traitements ciblés concernant un type de cancer du cerveau pédiatrique particulièrement agressif.
Les deux études n'ont pas rempli leurs objectifs principaux. Dans le cas de l'olaparib, la progression de la maladie n'a pas été réduite de manière adéquate, et aucun des traitements du cancer du cerveau n'a amélioré la survie globale. Malgré tout, ces résultats pourraient guider de futures recherches. « Quand les thérapies sont adaptées à des profils de patients spécifiques, elles peuvent être plus efficaces », note Jacques Grill, biologiste à l'institut Gustave-Roussy, qui a dirigé l'étude sur les gliomes pédiatriques.
Un chemin encore long
Parmi les 90 jeunes patients ayant reçu l’évérolimus, quatre continuent de survivre six ans après leur diagnostic, une exception notable pour ce type de cancer. Toutefois, cette proportion n’est pas suffisante pour établir un lien clair avec le traitement. Ces enfants possèdent des caractéristiques biologiques communes, ce qui amène à la planification d’un nouvel essai clinique ciblant spécifiquement ce groupe de patients.
« Nous devons éviter de mélanger les groupes », insiste Jacques Grill. Bien que les perspectives restent floues, cela révèle les défis dans l'utilisation de méthodes ciblées, un processus souvent long de plusieurs années. « Cela fait quinze ans de recherche pour moi », précise le biologiste. « Ce n’est pas un processus rapide ; parfois, cela sert de guide pour les autres. »
Dans l'étude sur le cancer du pancréas, l'olaparib a montré une certaine efficacité pour les patients présentant une mutation BRCA, connue pour son impact sur divers cancers. Cependant, ces résultats ne se retrouvent pas chez d'autres patients ayant des anomalies similaires. « Avoir une correspondance n'est pas suffisant », conclut Manuel Rodrigues. « Une thérapie ciblée doit vraiment viser une cible précise », affirme-t-il, anticipant des avancées grâce aux nouvelles technologies comme l'intelligence artificielle. « Nous pourrons traiter plus efficacement les cancers disposant d'une cible définie. Cependant, pour de nombreux cas, la chimiothérapie et l'immunothérapie demeureront indispensables. »







