En organisant un sommet au Kenya, pays anglophone, le président français cherche à tourner la page de la ‘Françafrique’ malgré des tensions persistantes avec ses anciens alliés.
Ce sommet Afrique-France constitue à la fois une première et une étape significative dans la politique africaine d’Emmanuel Macron. Pour la première fois, il se tiendra au Kenya, un pays anglophone, après une période marquée par des tensions avec plusieurs anciennes colonies francophones. Le président français, qui entame sa dernière année de mandat, ambitionne de présenter ce sommet, prévu pour les 11 et 12 mai 2026, comme un « bilan de sa politique en Afrique », a rapporté l'AFP.
Il s'agit d'une manière de « boucler la boucle » de son discours fondateur à Ouagadougou, au Burkina Faso, où il avait exprimé la nécessité de mettre l’accent sur des initiatives concrètes « plutôt que de se concentrer sur le passé », selon son entourage.
Les trois Sahéliens grands absents
Ce sommet, intitulé « Africa forward », se déroule en l'absence de trois pays sahéliens : le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont rompu leurs relations avec la France suite à des coups d'État successifs entre 2020 et 2023. La situation est exacerbée par les attaques djihadistes et des conflits avec les indépendantistes touaregs, notamment au Mali, où la junte récemment alliée aux Russes est sous pression.
Cette débâcle sahélienne a cristallisé les critiques à l’égard d’une politique qui, selon de nombreux analystes, a trop misé sur l’interventionalisme militaire, négligeant un sentiment antifrançais de plus en plus palpable. Amaka Anku, experte en Afrique au sein de Eurasia Group, déclare : « Le meilleur choix de Macron a été de développer ses relations avec l’Afrique anglophone. »
Le président Macron co-présidera le sommet avec William Ruto, président kényan et allié, qui a joué un rôle clé dans l'initiative française visant à redéfinir l'architecture financière internationale face à la réduction de l’aide publique au développement. Ce sommet sera orienté vers des discussions « très économiques » et « axées sur l’investissement », a précisé l’Élysée.
« Arrogant et paternaliste »
Un forum d'affaires sera également organisé, ainsi que des échanges sur le sport, la jeunesse et la restitution de biens culturels, des initiatives qui s'inscrivent dans le cadre du « soft power » que souhaite mettre en avant la France. Le 12 mai marquera un retour symbolique à des discussions intergouvernementales avec les dirigeants africains.
D’après Niagalé Bagayoko, présidente du réseau African Security Sector, « rien de significatif ne pourra émerger avant la fin du mandat de Macron » à cause d’un poids trop lourd d'héritage. Elle évoque un président perçu comme « arrogant et paternaliste », qui n’a pas saisi l’évolution des sensibilités sur le continent, désormais plus nationalistes et conservatrices.
Cette perception s’est aggravée en raison d'incidents controversés, notamment le sommet de Pau en 2020, souvent considéré comme une démarche paternaliste caractéristique de la ‘Françafrique’, dont il prétendait pourtant tourner la page.
« Réformes homéopathiques »
Sur les questions monétaires, l'ancien ambassadeur de France, Nicolas Normand, critique les réformes jugées insuffisantes. Emmanuel Macron a reconnu certaines responsabilités françaises, notamment au Rwanda, mais les tensions persistantes avec l’Algérie montrent la difficulté de réinventer une relation avec l’Afrique.







