Le déficit de la Sécurité sociale en France pourrait connaître une aggravation significative d'ici 2026, en raison des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. La hausse des coûts de l'énergie, l'inflation persistante et un ralentissement économique menaçent un système déjà fragilisé, selon le dernier rapport de la Cour des comptes et de la commission des comptes.
Dans son rapport de printemps, la commission des comptes a soulevé de nouvelles inquiétudes quant à l'état des finances publiques en France. Déjà sous pression à cause du ralentissement économique et de l'augmentation des dépenses de santé, la Sécurité sociale pourrait voir son déficit atteindre 23,2 milliards d'euros, soit une augmentation de 3,8 milliards par rapport aux 19,4 milliards précédemment prévus. Cela représente 0,8 point de PIB, une dégradation alarmante pour le pays.
Bien que ne citant pas explicitement la guerre en Iran, la Cour des comptes a mis en lumière la "dégradation de la situation économique liée au contexte géopolitique". "La Sécurité sociale ne peut plus absorber des chocs économiques", a averti l'institution.
Une hausse des dépenses publiques de santé
Il peut sembler absurde de relier un conflit au Moyen-Orient avec le budget de la Sécurité sociale française. Cependant, la santé financière de la sécurité sociale est directement connectée à l'économie mondiale. La guerre en Iran a entraîné une instabilité énergétique massive, exacerbée par les tensions concernant le détroit d’Ormuz, une route maritime cruciale à travers laquelle transite près de 20% du pétrole mondial.
Les fermetures partielles de cette voie maritime ainsi que les craintes de perturbations de l'approvisionnement ont directement affecté les prix de l'énergie, intensifiant ainsi les tensions inflationnistes. Les hôpitaux et les établissements médico-sociaux voient leur coût de fonctionnement augmenter en raison du prix de l'énergie, du transport, de l'alimentation, des médicaments et des équipements médicaux.
Les revalorisations automatiques de prestations sociales et de salaires ajoutent une pression supplémentaire. Selon la Cour des comptes, les dépenses croissent déjà plus rapidement que les recettes, avec une augmentation de 3,6 % pour les dépenses contre seulement 2,6 % pour les recettes.
Une progression des recettes trop faible
Le conflit a également un impact sur la croissance économique. En période de crise internationale, les investissements des entreprises stagnent, la consommation ralentit et l'activité économique en pâtit. Étant donné que la Sécurité sociale dépend principalement des cotisations sociales et de la CSG, un ralentissement de la croissance et des salaires entraîne une chute des revenus.
La progression des recettes a été particulièrement faible, avec une augmentation de seulement 1,6 % en 2025, inférieure à la croissance de la richesse nationale. La masse salariale et la consommation des ménages, essentielles pour les prélèvements sociaux, sont donc affectées.
Une situation déjà préoccupante avant la guerre
Le rapport souligne qu'avant même l'escalade des tensions en Iran, la trajectoire des comptes de la Sécurité sociale était déjà préoccupante. Le déficit a doublé en deux ans, atteignant 21,6 milliards d'euros en 2025, un chiffre alarmant qui ne se voyait pas depuis 2012, hors période Covid. Les experts notent qu'une grande partie de cet accroissement du déficit provient d'un manque d'efforts structurels pour maîtriser les dépenses, suggérant plutôt une focalisation sur l'augmentation des recettes.
Dans ce contexte délicat, la guerre en Iran agit comme un catalyseur des faiblesse préexistantes. La hausse des coûts de l'énergie alimente l'inflation, qui fait grimper les dépenses de santé tandis que le ralentissement économique pèse sur les recettes. Cette dynamique complexe rendra encore plus difficile l'objectif d'équilibrer les comptes sociaux d'ici la fin de la décennie.
Face à cette "situation financière dégradée", la Cour des comptes exhorte le gouvernement à agir rapidement. Parmi les mesures proposées figurent un durcissement des franchises médicales, une révision des participations forfaitaires et une régulation plus stricte des dépenses de santé et des arrêts de travail.







