Il y a un siècle, le 30 avril 1926, la route américaine recevait son appellation emblématique. Bien que son entrée officielle ait eu lieu quelques mois plus tard, le 11 novembre, elle est devenue une légende. Embarquons pour une exploration de son parcours, ponctués d'événements marquants et tragiques.
Cette route est loin d'être la plus longue ou la plus pittoresque, mais elle demeure, pour des millions de voyageurs, la quintessence du voyage en Amérique. Elle s'étire sur près de 3 900 km, reliant Chicago à Santa Monica. Son histoire tumultueuse, reflet de la culture américaine et symbole de liberté, lui a permis de conserver un statut mythique.
Des débuts modestes
À la fin du XIXe siècle, le voyage longue distance était principalement dominé par le rail. Les routes n'étaient que de simples pistes, à l'exception de quelques chemins pour chevaux et cyclistes. L'explosion de l'automobile dans les années 1900 a demandé une toute autre approche. Face à des conditions de circulation difficiles sur des routes étroites, le gouvernement fédéral a lancé, en 1916, un programme visant à développer un réseau routier moderne.
Selon Lauric Henneton, maître de conférences à l'université de Versailles, "la route 66 a été conçue pour renforcer le lien commercial entre des régions isolées, reliant Chicago à Los Angeles." Dans l'esprit des fondateurs, John Woodruff et Cyrus Avery, il s'agissait de créer une voie essentielle entre des centres névralgiques de l'agriculture et de la viande. Le numéro 66 a été attribué le 30 avril 1926, et la reconnaissance officielle par le département de l'Agriculture est intervenue le 11 novembre de la même année.
Une route des rêves et des désillusions
Mais ce n'était que le début d'une longue aventure. En 1926, seulement 1 287 des 3 940 kilomètres de la route étaient asphaltés. Ce n'est qu'en 1938 que le trajet a été entièrement finalisé.
Les années suivantes ont cependant été marquées par des crises économiques. En 1929, le crash boursier a dévasté l'économie américaine, tandis que les tempêtes de poussière dans les années 1930 ont poussé des millions de fermiers à fuir vers l'ouest à la recherche d'une vie meilleure. Ces exodes ont favorisé le développement de villes le long de la route, notamment sur la côte ouest.
Un âge d'or et ses conséquences
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la route 66 est devenue une artère logistique cruciale. Ce n'est qu'après le conflit que la route a pénétré son apogée. Avec un boom économique sans précédent, les familles ont commencé à voyager pour des vacances, entraînant l'émergence d'une véritable économie touristique. Des motels, des stations-service innovantes et des fast-foods ont vu le jour. Comme l'affirme Henneton, "la route est devenue une destination en soi, alors que le voyage prenait l'importance."
Cependant, cette prospérité a atteint ses limites. Les réformes d'Eisenhower des années 1950 ont conduit à la création d'un réseau autoroutier moderne, reléguant progressivement la route 66 au rang d'itinéraire secondaire. Le déclin de la mythique route s'est accru avec le retrait de ses panneaux. Le 27 juin 1985, disparut définitivement de la carte routière officielle.
Renaissance d'un symbole
Malgré cela, le mythe de la route 66 persiste. Des passionnés, comme Angel Delgadillo, se battent pour préserver son héritage. En 1990, le Congrès américain a reconnu la route comme symbole de l'héritage américain, soutenant des projets de préservation et de restauration. La célébration du centenaire de la route 66 a revitalisé cet intérêt. Des bénévoles ont œuvré pour restaurer des lieux emblématiques le long de son tracé, redonnant vie aux anciennes enseignes et parant la route de nouveaux panneaux dédiés à ses 100 ans. Des projets ambitieux, comme une arche à Springfield, Missouri, portant le nom "Berceau de la Route 66", ont également vu le jour.
En somme, la route 66, au-delà d'une simple voie, est devenue une légende vivante, perpétuée par ceux qui continuent d'y croire et qui veulent la préserver pour les générations futures.
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