Face aux blocages persistants du programme SCAF entre Airbus et Dassault Aviation, le constructeur européen regarde vers la Suède. La possibilité d'une collaboration avec Saab pourrait ouvrir de nouvelles voies pour la conception d'un avion de chasse de 6e génération.
Selon le site Opex360, le dialogue engagé en avril pour résoudre les différends entre Airbus et Dassault n'a pas permis de redynamiser le projet de Système de combat aérien du futur, qui implique la France, l'Allemagne, et l'Espagne. Les tensions sont principalement dues au développement du NGF (Nouvel Avion de Combat), dont la gouvernance est encore contestée.
Pour sa part, Dassault Aviation insiste sur une réorganisation du programme, visant à affirmer son rôle de maître d'œuvre, alors que les entités d'Airbus en Allemagne et en Espagne exercent une forte influence sur le projet. D'ailleurs, le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment exprimé des réserves, soulignant les exigences différentes des deux pays, notamment en matière de capacité d'emport d'armes nucléaires et d'opérations à partir de porte-avions.
Airbus regarde vers la Suède
Dans ce contexte, l'idée d'une alliance entre Airbus et Saab semble prendre forme. Dès l'automne dernier, il circulait des rumeurs selon lesquelles l'Allemagne envisageait de resserrer ses liens avec la Suède ou même le Royaume-Uni, mais cela a été formellement démenti par Berlin. Pourtant, les efforts vers une coopération mutuelle se multiplient.
En décembre, Saab et Airbus ont affirmé leur intention de travailler ensemble sur des drones de combat, visant à accompagner le Gripen E/F et l'Eurofighter. Micael Johansson, le PDG de Saab, a exprimé son ouverture à collaborer avec l'Allemagne, à condition d’obtenir un soutien politique clair.
Aujourd'hui, Airbus prône un SCAF comprenant deux avions de combat tout en conservant un cloud de combat, destiné à interconnecter divers dispositifs aériens. Michael Schoellhorn, le directeur d’Airbus Defence & Space, a confirmé des échanges avec Berlin et Stockholm, mentionnant des discussions « productives mais confidentielles ».
Selon Schoellhorn, Saab se positionne comme un allié stratégique, en dépit des défis liés au programme SCAF. Il a déclaré : « La Suède et Saab possèdent une expertise considérable », tout en reconnaissant les complications actuelles. Il est clair selon lui que plusieurs options pourraient être envisagées : réorganiser le programme en cours, développer deux chassés, ou encore imaginer une nouvelle forme de coopération européenne.
Éviter une dépendance aux États-Unis
Cette orientation vers Saab ne relève pas uniquement d'une manœuvre pour exercer des pressions sur Dassault. Airbus est déterminé à avancer rapidement pour éviter que l'Europe ne doive se tourner vers les États-Unis, comme cela a été le cas pour les chasseurs de 5e génération.
Le temps presse donc. Michael Schoellhorn estime qu'une décision politique rapide est cruciale si l'on veut voir un avion de combat de 6e génération émerger avant 2040. Il avertit : « Si nous restons dans l'incertitude à la fin de l'année, la situation deviendra très problématique. »







