Friches industrielles, canaux, parcs : les open airs se multiplient à Bruxelles, attirant des dizaines de milliers de personnes. Un succès qui redessine la capitale belge, tout en soulevant des interrogations sur la gentrification, comme le rapporte la RTBF.
Historiquement, faire la fête à Bruxelles était synonyme de clubs souterrains et de sous-sols sombres, des lieux emblématiques tels que le Fuse et le C12 incarnant l'âme du clubbing bruxellois. Cependant, la pandémie a été un catalyseur imprévu, entraînant une soif de liberté et de connexion sociale. Les open airs, phénomène global observé dans des métropoles comme Paris et Berlin, sont nés de ce besoin urgent de réinventer la fête.
Ces événements hybrides, mêlant l’exclusivité des boîtes de nuit à la convivialité des festivals d’été, se font souvent à des prix plus accessibles. Inspirés par des villes telles que Zurich, ces formats festifs permettent de canaliser l’énergie de la jeunesse tout en évitant le désordre dans les espaces publics.
La conquête des quartiers oubliés
Les open airs modifient en profondeur la cartographie festive de Bruxelles. Les collectifs émergents redonnent vie à des espaces comme les friches industrielles et les rooftops, s'installant peu à peu dans les rues de la ville. Lorenzo Serra, fondateur de Brussels by Night, souligne que des initiatives comme celles de Structure Béton et Piknik ElektroniK existaient déjà avant 2020, mais que l’après-pandémie a poussé les autorités à repenser leur approche de l’espace public. Investir dans la culture semble être devenu une priorité pour l'attractivité urbaine, donnant ainsi naissance à des lieux culturels tels que le Vauxhall, au cœur du Parc de Bruxelles.
Un exemple marquant de cette dynamique est le Quartier Nord, qui, autrefois aride et strictement administratif, s’est transformé en un lieu de fête recherché, attirant même des événements internationaux comme ceux de l’écurie française Ed Banger. Des festivals comme l’Iris Tipik Electro Night, qui a attiré plus de 20.000 participants en mai dernier, illustrent l'effervescence des open airs.
Fête collective ou gentrification programmée ?
Cependant, cette effervescence n’est pas sans soulever des questions. Les bénéfices de ces événements sont mitigés : servent-ils réellement à revitaliser les quartiers ou ne préparent-ils pas le terrain à leur transformation commerciale ? Des associations locales se montrent critiques, notant que les open airs, souvent conçus pour des populations extérieures, peuvent déconnecter les habitants du tissu social local.
Cette dualité se manifeste clairement. D’un côté, les open airs incarnent un formidable vecteur d’inclusion et de mixité, offrant un antidote à l'isolement social amplifié par les crises récentes. D'un autre, ils peuvent devenir des outils de marketing territorial, utilisés par les promoteurs pour faciliter la gentrification.
Pour Bruxelles, l’avenir réside dans une collaboration plus étroite entre les collectifs culturels, les décideurs et les résidents, afin de faire de la fête un véritable projet d'inclusion et de non pas simplement un produit commercial. Une chose est sûre : Bruxelles n'est pas en sommeil, elle a simplement appris à rayonner en plein jour, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau.
Article adapté d'un texte **RTBF**, initialement publié le 28 mai 2026.







