Le rapport rendu public le 11 juin par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) propose une analyse détaillée des ingérences numériques étrangères observées lors des élections municipales des 15 et 22 mars derniers. Le SGDSN, en collaboration avec le Réseau de coordination et de protection des élections (RCPE), a pour mission de sauvegarder le débat public numérique face à des menaces jugées en augmentation. D'après ce document, quatre campagnes distinctes, impliquant des acteurs étatiques et non étatiques, ont été identifiées.
Le service technique en charge de cette surveillance, Viginum, a repéré deux opérations marquées par des méthodes pro-russes persistantes. Par exemple, l'un des objectifs a été le candidat à la mairie de Paris, Pierre-Yves Bournazel, ciblé par des rumeurs selon lesquelles il préconisait de transformer le Centre Pompidou en refuge pour migrants sans abri. Une autre offensive a utilisé une usurpation d'identité de médias français tels que Le Monde ou BFM TV pour diffuser de fausses vidéos, avançant que les élections étaient compromises à cause de la composition ethnique de la police en France.
Récits clivants
Les experts du RCPE soulignent également l'émergence inquiétante d'une économie lucrative autour des ingérences. Un réseau basé au Vietnam a ciblé des audiences francophones grâce à l’intelligence artificielle. Ces acteurs, motivés par un désir de visibilité et d'engagement, ont mis en avant des récits polémiques ou trompeurs dans le but de maximiser à la fois leur audience et leurs profits. Par ailleurs, une quatrième opération nommée 'Rokh Solis' a particulièrement visé le parti La France insoumise (LFI) ainsi que plusieurs de ses candidats. Selon Viginum, cette action, qui semble provenir d'une entreprise israélienne spécialisée en influence, visait à discréditer LFI par des insinuations graves, allant d'accusations de viol à un soutien supposé pour des actions terroristes du Hamas. Cette stratégie a également tenté de diviser le débat public numérique en accablant LFI de accusations de communautarisme musulman.
Coopération avec les plateformes
Malgré ces diverses offensives, le SGDSN adopte un ton rassurant concernant l'intégrité de l’information. Les membres du RCPE estiment que ces manœuvres ont eu un impact limité sur le débat public numérique durant la campagne. Le rapport souligne que l’efficacité de la collaboration avec les grandes plateformes en ligne a largement contribué à limiter les idées de ces ingérences, avec près de 200 pages, comptes et sites web mensongers rendus inaccessibles rapidement.
Pour autant, le rapport avertit que cette menace perdurera et évoluera. À l'approche des prochaines élections présidentielles, le RCPE appelle à une "vigilance accrue" face à des ingérences numériques étrangères qui sont annoncées comme plus complexes à l'avenir.
La présidentielle en ligne de mire
Lors d'une conférence de presse tenue ce jeudi, le ministre Sébastien Lecornu a adressé la question des ingérences numériques en se basant sur le rapport du SGDSN. Il a averti sur l'existence de "perspectives de menaces lourdes d'ingérences étrangères" qui pourraient affecter l'élection présidentielle, touchant potentiellement l'ensemble de la classe politique. Parmi les mesures envisagées, il a mentionné l'instauration possible de référés d'urgence, un durcissement des peines, ainsi qu'un projet de loi promis par Emmanuel Macron pour un traitement rapide au niveau parlementaire dès cet automne.







