La tension monte en Afrique du Sud alors que la police déploie d'importants effectifs pour éviter de possibles violences ce mardi, une date marquant le pic d'une campagne alarmante à forte connotation xénophobe. Cette situation a contraint environ 25 000 immigrés à fuir, accusés à tort de voler les emplois des Sud-Africains.
Depuis plusieurs semaines, le pays est dans l'attente d'un ultimatum fixé par des groupes citoyens, en dehors de tout cadre légal, poussant les étrangers sans papiers à quitter le territoire d'ici le 30 juin.
Les autorités craignent des débordements lors de rassemblements annoncés par ces groupes, qui, bien que de taille modeste, ont su répandre un climat de peur parmi les immigrants, qu'ils soient en situation régulière ou non. Des manifestations précédentes, où des participants, armes à la main, arboraient des symboles traditionnels zoulous, ont exacerbé cette atmosphère tendue.
Selon les dernières données officielles, près de 3 millions d'étrangers, représentant 5,1 % de la population, vivent en Afrique du Sud, attirés par des opportunités d'emploi dans la première économie du continent. Toutefois, beaucoup d'entre eux font face à un exode massif, cherchant refuge dans des camps de déplacés ou devant les consulats pour quitter le pays, abandonnant souvent leurs biens et, dans certains cas, leurs partenaires sud-africains.
L'Afrique du Sud a connu dans le passé des épisodes de violences xénophobes, notamment en 2008 et 2015. Cependant, la situation actuelle est sans précédent, avec plus de 25 000 ressortissants de pays comme le Malawi, le Zimbabwe, le Mozambique, le Nigeria et le Ghana se réinstallant, grâce à des secours organisés par ces nations ou par le gouvernement sud-africain.
Katiija Rajab, une Malawite de 36 ans, partage son désarroi : "Je suis déçue de ce que nos frères et sœurs sud-africains nous font subir. Même les enfants nous narguent et nous demandent quand nous allons rentrer chez nous." Elle a récemment pris la décision de rentrer dans son pays après trois ans de travail près de Durban.
Les gouvernements du Ghana et du Nigeria ont déjà mis en place des vols de rapatriement pour leurs citoyens, critiquant la gestion de cette crise par un pays qui aspire à être un exemple moral sur le continent. Les groupes antimigrants, tels que "March and March", bien que se distanciant de la violence, accusent les immigrés de "voler" des emplois, sans fournir de statistiques pour étayer leurs revendications, alors que le taux de chômage en Afrique du Sud frôle les 32 %.
Ces mouvements d'opposition font également état de l'impact des immigrés sur le système de santé et sur une criminalité qui atteint des niveaux alarmants, avec 60 homicides par jour. Des actes de violence sporadiques ont été enregistrés, entraînant la mort de quatre personnes, et des scènes de pillage dans des magasins tenus par des étrangers.
La panique est palpable, avec des témoignages indiquant que des employeurs ont renvoyé des immigrés par crainte d'être sanctionnés et que des propriétaires les ont expulsés sous la pression des sympathisants du mouvement.
La situation est d'autant plus préoccupante que la date coïncide avec une période électorale. Le ministre par intérim de la Police, Firoz Cachalia, a promis un renforcement des mesures sécuritaires face aux craintes d'émeutes.
Le président Cyril Ramaphosa et les autorités locales collaborent avec des chefs traditionnels et religieux pour apaiser les tensions. L'Afrique du Sud, au fil des ans, a connu plusieurs vagues de violences xénophobes, et l'actuel contexte électoral amplifie encore l'anxiété perçue. Le politologue Sandile Swana attire l'attention sur certains partis qui se positionnent en critiquant l'immigration pour gagner des voix, notamment le parti MK de l'ex-président Jacob Zuma.
Des points chauds ont été identifiés dans le pays, particulièrement à Johannesburg et Durban, ayant déjà été le théâtre de violences meurtrières en juillet 2021. Thami Ntuli, le dirigeant du KwaZulu-Natal, a déclaré : "Quelles que soient nos inquiétudes concernant l'immigration illégale, nous ne laisserons pas cette province sombrer de nouveau dans le chaos."







