Depuis plusieurs mois, l'Afrique du Sud est le théâtre d'une campagne menée par divers groupes citoyens appelant au départ de tous les migrants installés illégalement. Ces rassemblements, culminant en une journée de mobilisation marquante, ont déjà incité environ 25 000 immigrés à quitter le pays.
1. Qui organise ces mobilisations ?
Un éventail hétéroclite de mouvements antimigrants et de partis politiques orchestrent ces manifestations, souvent dominées par des figures revêtues de tenues traditionnelles zouloues. Les manifestants accusent les sans-papiers de « voler » des emplois dans un contexte de chômage élevé (33 %) et de contribuer à la criminalité, alimentant des tensions dans les townships où Sud-Africains et étrangers cohabitent. Une étude de la Banque mondiale de 2018 démontre pourtant que chaque travailleur immigré a créé en moyenne deux emplois pour des locaux entre 1996 et 2011, notamment grâce à l'entrepreneuriat (source : Banque mondiale).
Le politologue Sandile Swana note : « Nous faisons face à une nouvelle forme de violence entre noirs, détournant l'attention des véritables causes de la crise économique. »
2. En quoi cette vague est-elle différente ?
Les vagues de violences xénophobes ne sont pas nouvelles en Afrique du Sud, avec des révoltes majeures en 2008, 2015 et 2019. Cependant, cette dernière vague se distingue par une structuration plus forte et une acceptation croissante de la rhétorique xénophobe, éloignant les préoccupations d'antan. William Gumede, professeur à l’Université du Witwatersrand, déclare : « Ce phénomène transcende les groupes marginaux et illustre une nouvelle dynamique. »
3. Quel niveau de violence ?
Récemment, la police a ouvert des enquêtes sur les meurtres de migrants, notamment deux Mozambicains et un Malawite, tandis que les médias rapportent des cas de violences sporadiques contre des étrangers. Des contrôles d'identité au faciès ont été signalés, des migrants se disant expulsés par leurs propriétaires, craignant des représailles.
4. Pourquoi maintenant ?
Une série de manifestations et de discours hostiles envers les immigrants clandestins a progressivement créé un climat de tension. Les partis politiques exacerbent cette rhétorique pour attirer des voix en vue des élections municipales prochaines. Les analystes soulignent le mécontentement croissant face au taux de chômage persistent, avec des immigrés devenant des boucs émissaires.
5. Quelles réactions ?
Cette montée des discours antimigrants a provoqué une réponse diplomatique, certains pays comme le Ghana et le Nigeria organisant le rapatriement de leurs ressortissants. L’Afrique du Sud, avec environ trois millions de migrants légaux, voit près de deux tiers d'entre eux originaires de pays d'Afrique australe. Les tensions croissantes ont incité de nombreux immigrants à envisager leur retour, souvent dans des conditions précaires.
Le gouvernement sud-africain, tout en rejetant les accusations de xénophobie, appelle les pays africains à traiter les crises économiques sous-jacentes qui alimentent ces migrations.







