Des manifestations massives en Afrique du Sud : le départ des sans-papiers exigé

Des milliers d'Africains protestent contre la présence des sans-papiers, créant un climat de tension.
Des manifestations massives en Afrique du Sud : le départ des sans-papiers exigé
©Marco LONGARI, AFP - Thousands of foreign nationals have left South Africa ahead of the unofficial deadline

Des milliers de Sud-Africains se sont rassemblés mardi pour réclamer le départ des étrangers sans papiers, une mobilisation qui a été marquée par des incidents tragiques, dont la mort d'un étranger, et des annonces de départs massifs. Cette mobilisation fait suite à une campagne aux accents xénophobes qui a gagné en intensité au cours des dernières semaines.

Des groupes de citoyens bien organisés ont engagé des pressions sur les étrangers en situation irrégulière, leur ordonnant de quitter le pays d'ici le 30 juin, sans respecter le cadre légal. Les manifestations ont eu lieu dans plusieurs grandes villes, dont Johannesburg, centre économique du pays, et Durban, ville portuaire, où des manifestants, armés de bâtons et de boucliers zoulous, ont défilé en criant des slogans.

La police, préoccupée par le risque de violences, a déployé un important contingent de forces de l'ordre. Si quelques incidents isolés ont été signalés, y compris des arrestations liées à des tentatives de pillage, la situation a globalement été maîtrisée. Cependant, des tensions ont éclaté dans certains rassemblements, notamment à Germiston où des manifestants ont tenté d'entrée de force dans un espace occupé par des étrangers. La police est intervenue pour mettre en sécurité ces personnes, visiblement inquiètes.

À Durban, des pancartes de manifestants faisaient référence à des problématiques de logement, comme celle exprimée par Brightness Gumbi, une restauratrice de 48 ans. Elle a évoqué des difficultés à louer à cause de la concurrence d’étrangers jugés responsables de certaines inégalités économiques et sociales au sein de la population locale.

La crise actuelle remémore des épisodes de violences xénophobes survenus en 2008 et 2015, mais elle a pris une tournure encore plus dramatique, avec plus de 25 000 migrants, notamment du Malawi, du Zimbabwe et du Mozambique, qui ont fui vers leur pays d'origine, utilisant des bus affrétés par leurs gouvernements ou la province de l'Afrique du Sud.

La ministre de la Justice, Mmamoloko Kubayi, a rapporté que 4 300 étrangers avaient été rapatriés et plus de 400 expulsés récemment. Malheureusement, ces tensions ont conduit à la mort tragique de plusieurs immigrants, y compris celle d'un Mozambicain et d'un Éthiopien.

Jacinta Ngobese-Zuma, figure importante du mouvement, a prévu d'organiser des manifestations chaque jeudi pour continuer à faire pression. Elle a exprimé son souhait que d'ici six mois, il ne reste plus d'étrangers dans le pays.

Selon les données officielles, environ 3 millions d'étrangers résident en Afrique du Sud, représentant 5,1 % de la population. Les migrations sont soumises à des dynamiques économiques, car beaucoup cherchent du travail dans la première économie du continent. Cependant, ce climat de tension s'amplifie dans le cadre de la préparation des élections municipales du 4 novembre, où les thèmes antimigrants sont exploités par certains partis politiques, comme le MK de l'ex-président Jacob Zuma et Action SA, selon le politologue Sandile Swana.

Les organisations antimigrants pointent du doigt la présence des sans-papiers comme responsable de divers maux sociaux, notamment le chômage élevé (plus de 32 %), la criminalité et une pression sur les services de santé. En conséquence, de nombreuses personnes souhaitant quitter le pays ont rapporté avoir été menacées ou intimidées par leurs employeurs. À Johannesburg, au Cap et à Pietermaritzburg, des groupes d'étrangers se sont regroupés dans des camps de fortune ou devant leurs consulats, espérant trouver une solution.

Evelyn Chinooneka, une Zimbabwéenne de 29 ans, se trouve actuellement devant le consulat de son pays, tenant son bébé dans les bras. Elle a partagé son expérience : "Nos propriétaires nous ont menacés de nous expulser si nous ne régularisons pas notre situation. Le gouvernement pourrait nous faire payer 10 000 rands si nous ne partons pas," témoigne-t-elle, en attente de son bus de rapatriement. Les autorités du Ghana et du Nigeria ont également affrété des vols pour garantir le retour de leurs citoyens dans un contexte de violence croissante, alimentant des inquiétudes quant à la gestion de cette crise par une nation représentée comme un leader moral sur le continent africain.

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