Paris (France) - Un rapport récent met en lumière le rôle des bars-tabacs dans le paysage social français et leur disparition progressive, particulièrement en milieu rural, comme un élément facilitant la montée du vote pour le Rassemblement national (RN). Entre 2002 et 2022, la France a perdu pas moins de 18 000 de ces établissements, selon une étude du Centre de recherche économique et ses applications (Cepremap).
Les résultats de cette étude, parue en janvier dernier, montrent que la perte de ces lieux de sociabilité a un impact direct sur le comportement électoral. Loin d'être anodine, la fermeture d'un bar-tabac a des conséquences à long terme sur le vote, avec un effet qui s'intensifie progressivement : +0,23 point de vote RN après cinq ans, atteignant +1,38 point lors des élections présidentielles après vingt ans d'absence.
En milieu rural, l'impact est encore plus significatif : +1,3 point pour les législatives et +3,3 pour les présidentielles, alors qu'en milieu urbain, ces chiffres sont nettement inférieurs. Ce phénomène attribué à une politisation efficace de ce déclin par le RN souligne l’importance des bars-tabacs comme lieu de vie sociale.
« Ni tout à fait un café, ni seulement un débit de boisson, le bistrot représente l’épicentre de la vie du village. C’est là où se tissent les liens sociaux », écrivait le député RN Julien Odoul, plaidant pour l’inscription de ces établissements au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.
Un lieu de vie menacé
Les bars-tabacs sont souvent le dernier commerce dans les petites communes, rappelle Pierre Bosche, président de la Confédération des commerçants de France. Ce sont des lieux où les habitants se retrouvent pour discuter, échanger des nouvelles et construire des relations.
François Dupin, président de la fédération des buralistes Pyrénées-Atlantiques/Pays Basque, souligne que ces établissements proposent une variété de services, mais leur fermeture entraîne souvent l’isolement des habitants. Une étude révèle que dans 22 % des cas, après la fermeture d'un bar-tabac, il n'y a plus aucun lieu de rencontre dans la commune.
Sentiment d'abandon et perte de confiance
Selon Pierre Bosche, la disparition de ces commerces de proximité a un coût social bien plus élevé que la fermeture de services publics. « Les gens ne réagissent pas de la même manière lorsque c'est un service public qui ferme, mais quand le commerce local disparaît, ils se sentent abandonnés », explique-t-il.
L'effritement du lien social entraîne une méfiance croissante parmi les électeurs. « Quand les liens sont distendus, les individus recherchent des solutions du côté de l'extrême droite », déclare Hugo Subtil, auteur de l'étude. En d'autres termes, la défiance alimente le vote pour le RN, comme le montre cette dynamique : tant que les habitants se sentent liés, ils votent souvent à gauche, mais en cas de rupture, ils se tournent vers la droite.
Néanmoins, il existe un espoir de renversement. Le rétablissement d'un bar-tabac dans une commune est corrélé à une diminution du vote RN. D'autres facteurs, tels que la réintroduction d'activités communautaires, pourraient également aider à rebâtir le tissu social.
© 2026 AFP







