Alors que Narendra Modi se prépare à recevoir Emmanuel Macron pour une visite officielle, le Premier ministre indien surveille de près une problématique qui pourrait s'avérer délicate : la mobilisation des agriculteurs au sein de son pays.
Emmanuel Macron est attendu en Inde le 16 février pour une visite de trois jours. Les discussions s'orienteront principalement vers des questions de défense, notamment un potentiel achat par l'Inde de 114 Rafale, ainsi que sur l'intelligence artificielle.
Néanmoins, au-delà des réceptions diplomatiques, Modi doit faire face à un sujet brûlant : le mécontentement croissant des agriculteurs indiens.
Des manifestations contre l'accord avec les États-Unis
Le 12 février, des milliers d'agriculteurs ont manifesté à travers le pays pour s'opposer à un accord commercial controversé signé avec les États-Unis. Cet accord, dont les détails restent flous, suscite des inquiétudes parmi les agriculteurs, qui craignent une inondation de produits américains, peu ou pas taxés.
En vertu de cet accord, une variété de produits alimentaires en provenance des États-Unis bénéficieront de faibles droits de douane, voire d'une exonération totale. En contrepartie, l'Inde obtiendra une réduction des tarifs douaniers sur ses propres exportations, passant de 50 % à 18 %.
Les efforts du gouvernement peinent à rassurer
Face à cette situation, le gouvernement indien cherche à apaiser les craintes des agriculteurs, qui représentent une part essentielle de la société indienne, en employant plus de 45 % de la main-d'œuvre du pays, malgré une contribution de seulement 16 % au PIB. Le ministre du Commerce a tenté de tempérer les inquiétudes en affirmant que les produits agricoles jugés "sensibles", tels que les céréales, les épices et les produits laitiers, seront protégés. Cependant, ces assurances n'ont pas suffi à dissiper le mécontentement.
Une réforme contestée par le monde rural
Parallèlement à l'accord avec les États-Unis, le gouvernement Modi se heurte à l'opposition des agriculteurs concernant une réforme d'une loi instaurée précédemment par le Parti du Congrès, la MGNREGA (Mahatma Gandhi National Rural Employment Guarantee Act).
Cette loi garantissait à chaque adulte vivant en milieu rural 100 jours de travail par an, rémunéré au salaire minimum et financé par l'État. Ce dispositif était crucial pour les femmes et les populations vulnérables, telles que les Dalits et les autochtones.
Recentrement, le gouvernement a modifié cette loi, conservant le principe de base, mais permettant aux autorités de déterminer les zones d'application, ce qui compromet l'universalité du programme et transfère une partie du financement aux États.
Jean-Luc Racine, directeur de recherche émérite au CNRS, observe : "Les États n'ont pas été réellement consultés, entraînant de nombreuses protestations, notamment dans les États régis par l'opposition, comme le Bengale, le Kerala et le Tamil Nadu." De plus, des économistes tels que Thomas Piketty et Joseph Stiglitz ont envoyé une lettre ouverte à Modi, parlant d'une "erreur historique" et appelant à un retour à l'ancienne législation.
Face à cette levée de tensions, Modi devra prêter attention à la colère des agriculteurs, connus pour leur capacité à mobiliser, comme l'a prouvé leur résistance face à des réformes passées en 2021, où le Premier ministre a finalement fait marche arrière.







