Le langage inclusif : un obstacle à la pérennité du français diplomatique

L'usage du langage inclusif menace l'usage du français dans les instances internationales.
Le langage inclusif : un obstacle à la pérennité du français diplomatique

TRIBUNE. Alors que la langue française détient le statut de langue officielle, son usage décroît dans les institutions internationales. Selon Nicolas Bauer, responsable de plaidoyer au Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), ce phénomène pourrait mener à une érosion dramatique du français diplomatique.

Le français occupe une place privilégiée au sein des Nations unies (ONU) et du Conseil de l’Europe, et il est également utilisé comme langue de travail à la Commission européenne. Néanmoins, la consommation du français dans ces cercles a connu une chute vertigineuse. Par exemple, en 1997, 40 % des documents émanant de la Commission étaient en français, alors qu'aujourd'hui, ce chiffre a chuté à moins de 4 %.

Cette problématique linéaire s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large. L’essor de l’anglais, ancré dans l’hégémonie des États-Unis depuis 1945, participe indéniablement à ce déclin. Sans son statut de langue officielle, le français aurait du mal à perdurer dans ces institutions. Ce privilège juridique donne aux francophones l’option d’utiliser le français, plutôt que l’anglais.

La protection du français diplomatique sera au cœur de deux événements prochains à Paris : la Journée internationale de la langue maternelle le 21 février et la Semaine de la langue française et de la francophonie du 17 au 20 mars. Cependant, il est regrettable que le gouvernement ne traite pas de l'usage du français « inclusif » qui s’est largement propagé dans ces institutions, rendant son emploi encore plus ardu.

Normes d’inclusivité : un défi pour les francophones

À partir de 2024, les institutions internationales imposeront de nouvelles exigences d’inclusivité pour la langue française. Il faudra assimiler de nombreuses pages des Lignes directrices sur le langage inclusif avant de communiquer. Parmi les recommandations, l’usage de termes comme « Mademoiselle » ou la règle traditionnelle du masculin dominant doit être écarté. Par conséquent, au lieu de dire « les étudiants », il est suggéré d'utiliser « la population étudiante ».

Ces normes d'inclusivité évoluent tellement qu'elles deviennent difficilement maîtrisables, même pour des locuteurs natifs. Par exemple, des formulations comme « celui ou celle » sont désormais prohibées, et il est conseillé d'utiliser des pronoms neutres tels que « quiconque » ou « plusieurs » à la place. Au Conseil de l’Europe, l'accord de proximité est suggéré, où l’on dira plutôt « Chers et chères amies » ou « Elles et ils sont partis ».

De plus, l’ONU encourage chaque unité à opter pour une forme de langage inclusif parmi plusieurs options possibles. Cela peut engendrer diverses interprétations du français inclusif au sein de l'institution. Par exemple, les stratégies typographiques qui ont vu le jour incluent l'utilisation de la barre oblique, des parenthèses, du point ou du point médian, afin de refléter cette diversité de genres.

Une instrumentalisation de la langue française

Les groupes de travail des institutions se penchent actuellement sur leurs textes fondateurs, accusés de favoriser certaines expressions genrées. Ainsi, le Conseil de l'Europe, établi en 1949 pour promouvoir les « droits de l'homme », envisage désormais de parler de « droits humains ».

Cette évolution s'inscrit dans une vision sociologique revendicatrice de la langue où l'on estime que celle-ci a le pouvoir de modifier les attitudes culturelles et sociales. Cependant, cette perspective semble occulter l’essence même du langage, qui est avant tout de permettre la communication. Les lignes directrices actuelles ne s'inquiètent guère des complications linguistiques qu'elles génèrent. Elles mentionnent simplement que des formations seront organisées pour le personnel concernant les mises à jour des normes.

Face à cette négation du français au sein des institutions internationales, la réaction du gouvernement a été plutôt timide. Une réponse à une question écrite de la députée Marie-France Lorho a confirmé son engagement à défendre la lisibilité du français à l’international. Le Représentant permanent de la France au Conseil de l’Europe, Pap Ndiaye, a été chargé de cette tâche. Toutefois, cette réponse reste ambiguë, d’autant plus que M. Ndiaye avait précédemment exprimé son soutien au langage inclusif lors de sa fonction au ministère de l’Éducation nationale.

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