Les murs se resserrent autour des voix dissidentes en Algérie. Alors que le pays célèbre le septième anniversaire du Hirak, ce mouvement populaire en faveur de la démocratie qui a conduit à la démission de l'ancien président Abdelaziz Bouteflika en 2019, les universitaires, journalistes et militants se voient de plus en plus mis en cause pour leurs publications sur les réseaux sociaux. Selon Marianne, les interpellations récentes ciblent fréquemment ceux qui expriment des critiques sur Facebook.
Au début de février, Hachemi Slimani a été placé sous mandat de dépôt pour avoir diffusé une vidéo dénonçant l'intrusion de la police chez lui, sans mandat judiciaire. Il fait face à des accusations d'atteinte à l'intégrité corporelle et de diffusion de fausses informations. Dans la ville de Relizane, Abdelhak Bouchrit a également été arrêté après avoir documenté des inondations survenues en janvier, critiquant l'administration locale. Il est poursuivi pour « utilisation des nouvelles technologies pour diffuser de fausses informations », une accusation qui est devenue récurrente depuis l'adoption en 2021 de lois sur la cybercriminalité.
Interpellé pour avoir informé
Le professeur Djelloul Slama, spécialiste des finances, a été incarcéré pour avoir contredit des chiffres avancés par le président Abdelmadjid Tebboune concernant les ressources de Gara Djebilet. Similairement, le journaliste Abdelali Mezghiche a été interpellé pour avoir partagé des informations sur un mouvement de protestation dans le Sahara. Par ailleurs, de nombreuses figures politiques demeurent sous contrôle judiciaire prolongé, sans espoir de procès. Karim Tabbou, ancien dirigeant du Front des forces socialistes, est contraint de se présenter chaque semaine aux autorités depuis près de cinq ans.
Hamid Goumrassa, un journaliste interrogé par Marianne, exprime son désespoir face à la situation : « L’effondrement complet des soupapes de sécurité et de mécanismes de régulation dans notre pays me horrifie. Aucun acteur, qu’il s’agisse des syndicats, des médias, des partis politiques, des avocats ou des universitaires, n'est en mesure de contrer ces abus, même par des dénonciations symboliques. Ceci est devenu une partie intégrante de notre quotidien. » En réponse à ces préoccupations sur les libertés, le président Tebboune a nié tout abus, affirmant que seuls les individus tenant des discours injurieux sont poursuivis.







