Kapisillit (Danemark) – Réunion d'urgence au cœur du village. Vanilla Mathiassen, 64 ans, institutrice, s'inquiète des ambitions de Donald Trump concernant le Groenland. Seule, elle a convoqué la cheffe du village, Heidi Nolsø. "S'il se passe quelque chose de grave, j'appellerai à l'aide!", s'affole-t-elle. "J'ai demandé un téléphone satellite pour nous protéger des dangers éventuels", répond calmement Nolsø.
Ce hameau aux maisons colorées, lové dans un fjord bleu, compte une trentaine d'habitants. Ils rythment leur vie entre chasse et pêche, tout en restant psychologiquement isolés à 75 km de Nuuk, la capitale. Comme de nombreux autres villages du Groenland, Kapisillit est prisonnier d'un réseau de télécommunications fragile, devenu tributaire des tensions internationales.
"Le plus vulnérable" de l'Arctique
"Le Groenland est le pays le plus vulnérable de l'Arctique en matière de connectivité", souligne Signe Ravn-Højgaard, directrice du groupe de réflexion Digital Infrastruktur, interrogée par l'AFP. Le pays est relié au reste du monde via deux câbles de fibre optique qui traversent les mers canadienne et islandaise, complétés par des connexions satellites.
Dans ce lieu chaotique, où même le personnel médical fait défaut, Heidi Nolsø affirme que les urgences se font par hélicoptère et que sans réseau, les maladies graves peuvent tourner au drame. "Si nous restions complètement coupés du monde, ce serait horrible", admet-elle.
Les câbles vieillissants pourraient facilement tomber en panne, comme en 2019, lorsque des milliers d'habitants se sont retrouvés sans Internet pendant plusieurs mois.
Avec une montée des tensions géopolitiques, les craintes d'une cyberattaque s'intensifient. "Le Groenland aura probablement des opérations de cybersécurité renforcées, car l'Arctique est devenu stratégique sur le plan militaire", analyse Michael Delaunay, expert en connectivité arctique.
Pour répondre aux risques croissants, le gouvernement autonome danois a sécurisé un nouveau câble sous-marin en octobre 2025 dans le cadre d'un accord de défense avec Copenhague.
Des coupures fréquentes
À l'école de Kapisillit, décorée de trophées de chasse, Vanilla Mathiassen se bat pour maintenir l'attention de ses deux élèves, Tulliaq et Viola. Le réseau, souvent instable, entrave les cours. "Les coupures ont poussé le rectorat à me maintenir, même avec ce faible effectif", s'exclame-t-elle.
Les enfants sont obligés de laisser leurs téléphones à l'entrée pour se concentrer sur leur apprentissage. Leurs liens sociaux se tissent principalement à travers les réseaux sociaux, où des groupes se forment, a exprimé Mikaa Blugeon-Mered, spécialiste de l'Arctique. Les élus groenlandais utilisent Facebook pour communiquer, rendant l'information une cible convoitée par des puissances extérieures.
Dans ce contexte difficile, les conséquences du suicide sur les jeunes Groenlandais pèsent lourd. La plupart des jeunes partent étudier à Nuuk et se retrouvent isolés.
"Chaque jour, nous devons lutter pour garder notre connexion", dit Vanilla. Un simple abonnement Internet peut coûter cher, rendant l'accès limité à de nombreux habitants, notamment aux personnes âgées.
Malgré les défis, la communauté groenlandaise reste résiliente. Si la connectivité venait à échouer complètement, la cheffe du village prédit un retour aux textes. Ainsi, les Groenlandais pourraient retrouver la nature comme refuge face à l'adversité.
© 2026 AFP







