Limoges, la ville historique du socialisme, est à un tournant politique majeur. Unis en 2014, le maire Émile Roger Lombertie et le président de la métropole Guillaume Guérin se retrouvent désormais en guerre ouverte. Ce schisme à droite pourrait offrir, paradoxalement, une opportunité à une gauche également divisée de reprendre le contrôle de cette municipalité emblématique.
Leur victoire en 2014 avait mis fin à plus d'un siècle de domination socialiste dans la ville de 130.000 habitants, où la CGT a vu le jour en 1895. En 2020, Lombertie avait été reconduit à la mairie tandis que Guérin prenait la tête de la métropole conquise par la droite. Cependant, le 7 janvier, le maire sortant a créé la surprise en annonçant sa candidature à la réélection dans Le Populaire du Centre, sans même en informer son ancien adjoint, Guérin, qui s'est dit « meurtri » dans ses communications.
Tensions croissantes entre Ville et Métropole
Cette rupture se double de tensions internes sur des projets locaux majeurs, comme le Bus à haut niveau de service. Ces disputes ont conduit à une atmosphère tendue, avec des plaintes pour harcèlement moral et sexuel touchant Lombertie et d'autres vice-présidents, selon des ressources judiciaires. Par ailleurs, Guérin a formé un groupe distinct au sein de la majorité municipale, perçu comme un acte de défiance vis-à-vis de Lombertie. Ce dernier a quant à lui provoqué l'indignation en évoquant des termes comme « mexicanisation » des quartiers et en faisant des déclarations controversées sur les communautés musulmanes.
« La division entre Lombertie et Guérin risque de leur coûter la mairie. C’est la droite la plus bête du monde », a commenté Albin Freychet, candidat du Rassemblement National, affichant son intention de tendre la main à la droite au second tour pour empêcher la victoire de la gauche.
La gauche, de son côté, se retrouve aussi en désaccord. Le député insoumis Damien Maudet, soutenu par les Écologistes et Génération.s, fait face à Thierry Miguel, qui se positionne comme un « flic de gauche », appuyé par le PS, le PC, et Place Publique. Les deux camps devront naviguer entre leurs divergences pour espérer recréer une dynamique unitaire.
Début janvier, Marine Tondelier avait affirmé avoir « fait confiance aux adhérents » pour désigner le « meilleur maire », lors d'un meeting de soutien à Maudet. Des voix à gauche tentent ainsi de minimiser les tensions, dans un contexte électoral déjà complexe.
À la recherche d'une unité perdue
Récent évènement à Lyon, où des proches d'un député LFI ont été mis en examen suite à une enquête sur un militant d'extrême droite tué, a également relancé les débats au sein de la gauche. « Ce qui se passe à Lyon reste à Lyon », a déclaré Soazig Villerbu, co-secrétaire régionale des Écologistes, tentant de dissocier les affaires en cours de la situation limougeaude.
Damien Maudet a condamné cette division, dénonçant un « prétexte infamant ». Sa vision est celle d'une conquête de l'électorat de gauche, misant sur une large union au premier tour, avec un souhait de ne laisser place qu'à un seul adversaire au second tour.
Guillaume Guérin, quant à lui, s'engage à unir la droite pour faire face à la menace de LFI. Il s’est montré intéressé à collaborer avec divers membres de la droite pour maximiser leurs chances de succès. La question demeure cependant : quelle voie suivra Émile Roger Lombertie, en proie à cette tourmente interne ? Les récentes fractures à droite pourraient redéfinir le paysage politique limougeaud.
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