Rio de Janeiro (Brésil) – Sur les toits de Rocinha, la plus grande favela de Rio de Janeiro, des touristes attendent avec impatience d'être immortalisés par des drones, dans un décor emblématique de la ville. Ces vidéos, vendues autour de 150 réais (environ 25 euros), connaissent un vif succès sur les réseaux sociaux, à tel point qu’il n’est pas rare de devoir faire la queue pendant deux heures.
Cependant, ces images ont également suscité des critiques, accusées de romantiser la pauvreté dans un quartier qui vit sous l'influence des narcotrafiquants. Renan Monteiro, fondateur de l'agence Na Favela Turismo, défend cette approche, affirmant : "Nous ne cherchons pas à embellir la pauvreté, mais à déconstruire les stéréotypes associés à ces quartiers".
Il poursuit : "Notre but principal est de mettre en avant les aspects positifs de Rocinha, qui abrite plus de 70 000 habitants et une communauté dynamique". Avant d'être filmés, les touristes participent aussi à des visites guidées pour découvrir le quotidien des habitants, croisant des enfants rentrant de l'école et des résidents occupés.
"Rocinha a la réputation d'être dangereuse, mais j'ai découvert un lieu vivant et accueillant", confie Gabriel Pai, un touriste costaricien. L'influenceuse brésilienne Ingrid Ohara, avec ses millions d'abonnés, utilise également cette opportunité pour créer du contenu viral, dansant sur les toits sous l'œil du drone, tout en affirmant que ces vidéos sont une célébration de la culture brésilienne.
Un nouveau type de tourisme
Renan Monteiro trouve que ce phénomène est un bien meilleur modèle que les "safaris" qui avaient lieu dans les favelas par le passé. Ces visites dangereuses avaient pris fin après un incident mortel en 2017. Quand le tourisme a repris, Monteiro a collaboré avec des leaders communautaires pour créer des circuits sécurisés permettant de contrôler les flux de visiteurs.
Pour garantir la sécurité, il a aussi développé une application qui localise les guides et avertit en cas d’événements imprévus. Aujourd'hui, son entreprise a formé 300 guides locaux et des pilotes de drones, rémunérant également ceux qui mettent à disposition les toits pour les prises de vue.
"Cela a changé ma vie", témoigne Pedro Lucas, un jeune pilote de 19 ans. Alors même que Rio attire de plus en plus de touristes – avec près de 290 000 visiteurs étrangers en janvier seulement – la question de l'éthique liée à ce nouveau type de tourisme reste prégnante.
Claudiane Pereira dos Santos, une résidente de Rocinha, voit avec positivisme cette vague de visiteurs : "Les gens ne réalisent pas que nos favelas abritent également des personnes travailleuses". Cependant, Cecilia Olliveira, directrice de l'Institut Fogo Cruzado, met en garde : "Le danger est que ces lieux, complexes et riches d'histoires, ne deviennent que de simples décors pour du contenu sensationnel".







