Halit Krendali se penche sur le sol fraîchement creusé, tiraillé par l'espoir de retrouver les restes de son oncle, disparu pendant le conflit avec la Serbie. Ses visites répétées illustrent la douleur profonde ressentie par des milliers de familles qui cherchent encore des os à enterrer, près de 30 ans après la fin des hostilités.
En effet, environ 13 000 personnes ont perdu la vie durant cette guerre, dont 11 000 Albanais kosovars, pour la plupart des civils. Cependant, près de 1 600 individus demeurent introuvables, comprenant des Serbes, des Roms, et d'autres membres de minorités.
Mi-mars, à Perzhina, dans le sud du Kosovo, des experts en médecine légale examinent minutieusement la terre récemment excavée, croyant que des dizaines de corps y ont été abandonnés. Halit, qui en est à sa troisième visite, exprime son espérance : "Si Dieu le veut, c'est la dernière fois que je viens ici. Il n'y a rien de plus difficile au monde. "
Depuis le début des fouilles, des ossements de trois personnes ont été identifiés, tandis que la commission gouvernementale pour personnes disparues espère retrouver jusqu'à 47 corps supplémentaires. Pour Kushtrim Gara, le responsable de cette commission, il est probable que d'autres victimes aient été déplacées vers des fosses communes alternatives, afin de dissimuler les atrocités commises.
"Des corps ont été déplacés et enterrés ailleurs, ce qui complique considérablement notre travail", ajoute M. Gara, soulignant que de nombreux restes retrouvés en Serbie, parfois jusqu'à des centaines de kilomètres des conflits, sont le résultat de cette dissimulation durant la guerre.
Identifier ces restes reste une tâche ardue, souvent impossible. Au sein de l'Institut de médecine légale de Pristina, des boîtes contenant les os de 250 à 300 personnes attendent d'être analysées. Ditor Haliti, anthropologue médico-légal, évoque les difficultés que rencontrent les équipes, notamment lorsque les restes sont endommagés au point d'impossibilité d'analyse ADN.
Naxhije Dushi, qui recherche encore des réponses sur son frère Nazmi, enlevé par la police serbe, évoque son besoin vital de connaître la localisation de ses restes. "Je veux pouvoir me recueillir, lui parler comme je le faisais autrefois", confie-t-elle. Le triste sort de son frère, âgé de 23 ans lorsqu'il a disparu, est partagé par de nombreuses autres familles.
Malgré les tensions persistantes entre la Serbie et le Kosovo, un accord récent stipule la création d'une commission mixte pour faciliter la recherche des disparus. Cependant, les allégations de manque de coopération et de volonté d'ouvrir les archives militaires des deux côtés rendent l'avancée des recherches complexe.
Pour Halit Krendali, l'attente devient de plus en plus insupportable. "Je n'ai plus beaucoup de temps pour attendre", déplore-t-il. Sa quête, comme celle de tant d'autres, souligne la souffrance latente qui pénètre encore au cœur des relations entre ces deux pays, victimes d'une histoire tumultueuse.







