L'eau pourrait rapidement se transformer en une ligne de front à part entière dans le conflit du Moyen-Orient. Les frappes récentes n'ont pas uniquement impacté des installations énergétiques ou militaires, mais aussi des équipements essentiels pour la production et l'acheminement d'eau, mettant ainsi en danger des millions de vies dans une région où le dessalement est vital.
En Iran, de nombreuses installations de traitement de l'eau ont subi des attaques, entraînant des dégâts considérables sur des réseaux jugés critiques, selon Abbas Aliabadi, ministre de l'énergie. À Bahreïn, une station de dessalement a été frappée le 8 mars, une attaque qui a été attribuée à Téhéran. Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) souligne que des installations au Koweït et aux Émirats arabes unis ont également été touchées dès le début des hostilités, aggravant la situation dans une région particulièrement vulnérable.
3 401 usines de dessalement en activité
La situation est alarmante : dans cette région aride, l'accès à l'eau est limité. Les pays du Golfe ont recours à des technologies avancées pour gérer cette rareté. D'après David Michel, expert en sécurité hydrique au CSIS, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) compte 3 401 usines de dessalement, représentant 19 % des installations mondiales, essentielles pour couvrir 77,3 % de la demande en eau du Qatar et jusqu'à 90 % au Koweït.
Alors que les grandes métropoles, comme Dubaï et Riyad, dépendent fortement de ces infrastructures énergivores, la question de leur sécurité devient cruciale. Comme l'a souligné l'économiste Esther Crauser-Delbourg, « sans eau dessalinisée, il n'y a rien ».
Des usines particulièrement vulnérables
Ces infrastructures sont exposées à de nombreuses menaces. Les complexes de dessalement sont souvent situés en bord de mer et sont vulnérables à des attaques par missiles ou drones. De plus, elles dépendent de l'électricité et des systèmes numériques, ce qui signifie qu'il est possible de les paralyser sans avoir besoin de les détruire entièrement.
Des précédents d'attaques contre des infrastructures hydrauliques ont été observés dans des conflits récents au Yémen et en Gaza, mais l'exemple le plus marquant reste celui de la guerre du Golfe en 1991, où la destruction des capacités koweïtiennes a provoqué des pénuries d'eau sévères.
Une interruption prolongée de l'approvisionnement en eau aurait des conséquences désastreuses : rationnements, paralysie économique, impact sur le tourisme et déplacements de populations. Les États du Golfe, dont les réserves sont limitées, se trouvent dans une position délicate. Dans un contexte où la stabilité est la norme, l'eau émerge aujourd'hui comme un enjeu stratégique de premier plan.







