L'essentiel : À un an de l’élection présidentielle de 2027, l’ancien Premier ministre Édouard Philippe intensifie ses déplacements lors de son "tour de France". Ce mercredi, il sera à Toulouse pour une rencontre avec le maire Jean-Luc Moudenc, abordant des thèmes cruciaux tels que l'économie, la réforme des retraites et les défis de la souveraineté.
Vous avez entamé un "tour de France". Pourquoi choisir Toulouse ce mercredi ?
Édouard Philippe : Ce choix repose sur plusieurs raisons. D’abord, depuis plus de trois ans, je vois Toulouse régulièrement pour dialoguer avec des acteurs de la société. Je ne viens pas avec des solutions toutes faites, mais j’écoute. Je suis convaincu qu’un élu doit bien connaître le territoire qu’il représente. Ensuite, Toulouse a récemment été le théâtre d’élections municipales marquantes, et la réussite de Jean-Luc Moudenc montre qu’une vision ancrée et sérieuse peut triompher des pronostics. Enfin, sur un plan personnel, Jean-Luc est un ami de longue date, et notre proximité politique m’incite à soutenir ses initiatives.
Quand comptez-vous dévoiler votre programme "massif" pour la présidentielle ?
L’élection approche. J’ai déjà évoqué des mesures significatives, comme la révision des accords de 1968 avec l’Algérie, ou la proposition d’un plan de réduction des impôts de production compensé par la diminution des aides aux entreprises. Un programme complet un an avant le scrutin ne semble pas judicieux.
Le financement des retraites sera un enjeu majeur. Faudra-t-il travailler au-delà de 64 ans ?
Pour maintenir notre modèle social, le vieillissement démographique est une réalité à prendre en compte. Si nous voulons assurer notre protection sociale, il est probable que cela implique un allongement de la durée de travail. Cela nécessite également un meilleur taux d’emploi des jeunes. Tous nos voisins européens, de droite ou de gauche, font déjà ce choix. Il est temps d’être transparents avec les Français : préserver notre prospérité demandera des efforts collectifs.
Ce pourrait-il être 67 ans ?
Beaucoup de travailleurs, souvent ceux avec des carrières fragmentées, ont déjà opté pour une carrière prolongée jusqu’à 67 ans afin d’éviter une décote. Mon but n’est pas de prêcher l’austérité, mais de garantir la force et la prospérité de notre pays. La baisse de la natalité aura des conséquences sévères dans les deux décennies à venir.
Face à la hausse du coût des carburants, l’État doit-il bloquer les prix ou réduire les taxes ?
La hausse des prix résulte de deux éléments : le coût des matières premières, qui échappe à notre contrôle, et le niveau des taxes. Réduire ces dernières alors que nous enregistrons un déficit de 5 % creuserait encore la dette. Je préconise plutôt une stratégie ciblée pour soutenir les secteurs les plus touchés, au lieu de généraliser des chèques qui auraient peu d'efficacité individuelle.
La dette française est préoccupante. Le prochain quinquennat sera-t-il douloureux ?
Pas nécessairement, mais il demandera des efforts. Réduire les déficits n'est pas populaire, mais c'est essentiel pour garantir notre liberté. Je ne me considère pas comme simplement un comptable ; je souhaite que la France soit puissante. Si nos finances ne sont pas en ordre, nous perdrons notre capacité à décider de notre avenir.
Quel bilan dressez-vous des quinquennats d’Emmanuel Macron ? Vous sentez-vous héritier ?
Un bilan complet sera établi l'année prochaine. Entre 2017 et 2020, en collaboration avec le président, nous avons œuvré en faveur de la baisse du chômage, de l’attractivité du pays et avons mis en place des réformes comme celle de l’apprentissage. Je préfère m’en tenir à ma propre identité politique plutôt qu'à un héritage. Mes interactions avec le président sont respectueuses, et je n’hésite pas à exprimer mes désaccords de manière mesurée.
Le Rassemblement National apparaît comme un concurrent redoutable. Comment éviter sa victoire en 2027 ?
Je crois que la meilleure approche n'est pas de se focaliser sur la compétition, mais de développer un programme credible et solide. Au Havre, j’ai remporté les élections en présentant une vision claire de mon projet, malgré une opposition forte.
Jean-Luc Mélenchon annonce une nouvelle candidature. Quelle est votre opinion ?
Je désapprouve radicalement ses idées et ses choix politiques. Ce sera sa quatrième candidature, ce qui témoigne de son expérience. Les adversaires ne doivent jamais être sous-estimés.
Sans primaire à droite et au centre, comment éviter une dispersion des candidatures ?
En menant une campagne active et en créant une dynamique. Je dialogue avec Gabriel Attal, Bruno Retailleau et d’autres candidatures potentielles. À mesure que le temps passera, il sera clair qui est le mieux à même de rassembler autour d’une solution pour les Français.
La "peopolisation" des politiques vous intrigue-t-elle ? Prévoyez-vous d'adhérer à ce phénomène ?
Chacun prend ses décisions en termes de communication. Pour ma part, j’ai choisi de garder ma vie privée à l’abri des projecteurs. Ce qui m’importe, c’est de parler de ma vision pour le pays, plus que de partager des images familiales.







