“Le mariage des enfants semble avoir été inscrit dans la législation pour la première fois par les talibans en Afghanistan”, rapporte Rukhshana, un média afghan exilé géré par des femmes. Les défenseurs des droits humains soulignent que cette loi rend “quasi impossible pour les filles et les jeunes femmes de demander un divorce contre la volonté de leur mari”.
Une estimation non officielle avance qu’environ 70 % des filles ont été contraintes au mariage précoce depuis que les talibans ont exclu les filles de l’éducation. Parmi ces mariages, 66 % concernent des filles de moins de 18 ans.
“Sous le régime des talibans, bien que le mariage des enfants n’ait pas été formellement interdit, une nouvelle loi sur le divorce stipule qu’une fille qui affirmerait avoir été mariée contre son gré ne pourrait pas divorcer si son mari s'y oppose”, indique Rukhshana.
Le décret, publié le 14 mai, et intitulé “Conditions de la séparation judiciaire des époux”, stipule les modalités du divorce, précise Gandhara.
“Offensive contre la dignité humaine des femmes”
“À la puberté, la mineure peut dissoudre son mariage”, selon l’article 5 du décret. Jusqu’à cet âge, une fille n’a pas le droit de demander le divorce. Elle doit faire opposition à son mariage durant cette période, sinon son silence est interprété comme un consentement, ajoutent les informations.
Le média Zan Times a décrit ce décret comme une “victoire juridique déconcertante contre la dignité humaine des femmes”.
Des manifestations ont eu lieu dans la capitale, Kaboul, selon Rukhshana. Plusieurs groupes de défense des droits des femmes ont critiqué ce décret, le qualifiant de violence systémique contre les femmes et les enfants.
Une militante pour les droits des femmes, Fatima, déclare : “Après avoir émis des centaines de décrets anti-femmes, les talibans cherchent maintenant à institutionnaliser le mariage des enfants dans le cadre légal.”
La mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan, la Manua, s’est également déclarée préoccupée. “Ce décret, qui codifie les principes régissant la séparation des époux, est une nouvelle atteinte aux droits des femmes et des filles afghanes, renforçant ainsi la discrimination systémique”, a-t-elle annoncé.
Violences domestiques et détresse psychologique
Le Centre afghan des droits humains a récemment mis en lumière que de nombreuses victimes de mariages précoces font état de violences domestiques et d'une profonde détresse psychologique.
Une jeune fille de 15 ans est décédée dans la province de Daikundi après avoir subi des violences de la part de son mari. Des notables du village ont tenté de la persuader, après chaque agression, de rester mariée.
“La nouvelle législation des talibans valide le mariage des enfants et restreint le principe du libre consentement au mariage, dépravant ainsi les femmes de leurs droits”, a affirmé Abdul Ahad Farzam de la Commission indépendante des droits humains d’Afghanistan. “Elle renforce les structures patriarcales et maintient les femmes dans une position d’inégalité juridique”, a-t-il ajouté.
Plus de 100 organisations de défense des droits humains ont lancé un appel à l’abrogation immédiate de ce texte, signalant qu’il légitime les mariages d’enfants et limitant les protections juridiques des femmes et des mineurs, rapporte Kabul Now.







