Dans la région Île-de-France, la prolifération des centres de données alimente un débat sur leur viabilité économique et leur impact en matière d'emploi. À Magny-les-Hameaux, par exemple, le data center de l'opérateur japonais Telehouse, construit sur un ancien site militaire, ressemble à une forteresse déserte. Contrairement à l'ancienne usine qui employait 700 personnes, le data center ne compte que 36 emplois directs, selon les observateurs, ce qui met en lumière le paradoxe de ces géants numériques qui occupent un espace considérable sans générer un nombre d'emplois proportionnel.
Ce constat est partagé par de nombreux élus locaux. Pierre-Louis Brièret, maire de Magny-les-Hameaux, constate : "Ce secteur ne crée pas énormément d'emplois par rapport à l'espace qu'il occupe." En Seine-Saint-Denis, Jean-Marie Baty de l'association écologique MNLE 93, souligne l'impact de cette transformation : "Avant, à l'emplacement de ces data centers, nous avions des usines, créant des centaines d'emplois, maintenant tout cela a disparu avec la migration vers le numérique." Selon l'Institut Paris Region, l'Île-de-France abrite plus de 160 centres de données, représentant 70 % des infrastructures françaises et devenant le premier hub d'Europe continentale. Cependant, Loup Cellard, sociologue et expert en infrastructures numériques, rapporte que pour une emprise similaire, un entrepôt logistique peut offrir de 300 à 400 emplois, tandis qu'un data center n'en génère que 15 à 20. Ce déséquilibre soulève des préoccupations sur la rentabilité des investissements, avec un ratio d'un emploi pour 24 millions d'euros investis, selon ses études.
Le sénateur David Ros rappelle : "Sur les 1 600 postes promis par les promoteurs, seulement 500 ont été créés, ce qui montre un décalage entre promesse et réalité."
Une économie sous haute surveillance
Les représentants du secteur défendent leur position, argumentant que la qualité des emplois offerts dans ces centres est supérieure à celle des emplois dans le secteur logistique. Sami Slim, directeur général de Telehouse, souligne le caractère local et non délocalisable des postes qu'ils proposent. "Nous avons besoin de talents sur place pour nos opérations, et cela amène une hiérarchie d'emplois bien plus valorisants pour les travailleurs," fait-il valoir.
Toutefois, malgré les discussions sur la création d'emplois, les experts continuent d'exprimer leur scepticisme face à l'impact social et environnemental des data centers. La fiscalité générée par ces infrastructures devient également un enjeu majeur pour les municipalités, qui tentent de maximiser les recettes à travers la réévaluation des taxes foncières liées à ces projets.
Florian du Bois, fondateur de l'association Les Plombiers du numérique, ajoute : "Compter uniquement les salariés directs serait trompeur, car il existe d'autres retombées économiques, même s'il est vrai que ces centres ne sont pas de grands créateurs d'emplois."
Au niveau national, la filière numérique revendique environ 50 000 emplois directs et indirects pour près de 300 centres, selon un rapport sénatorial. Malgré cela, l'inquiétude demeure palpable, et les élus continuent d'exiger des réponses sur l'avenir de ces infrastructures croissantes qui, tout en étant vitales pour la numérisation de l'économie, soulèvent des défis en matière d'emploi et d'énergie.







