Ce lundi 27 avril, le tribunal correctionnel de Rennes a entendu les explications de Quentin Helleu, 27 ans, et de sa femme de 36 ans, tous deux domiciliés à Guichen en Ille-et-Vilaine. Ils sont accusés d'avoir orchestré une escroquerie tentaculaire, qui a duré de fin 2021 à début 2023, et qui a eu des répercussions dans tout le Grand Ouest. Les premières victimes, souvent des personnes âgées, pourraient avoir perdu des dizaines de milliers d'euros.
Leur stratégie était remarquablement bien rodée. Un centre d’appels situé au Maroc était chargé d'identifier des cibles : des clients âgés, généralement entre 50 et 80 ans, capables de répondre au téléphone pendant la journée. "Ces personnes étaient plus faciles à influencer", a confessé Helleu devant le tribunal.
Technique de vente très agressive
Une fois les rendez-vous pris, l’entreprise Avenir Artisan, dirigée par le couple, et délivrée par des commerciaux, s'introduisait chez les victimes sous prétexte de réaliser des travaux de rénovation. Une forte pression était exercée pour augmenter les devis avec des travaux superflus, allant de la simple peinture à des installations coûteuses comme des pompes à chaleur ou l'isolation thermique.
Helleu a admis devant les juges avoir favorisé ce climat de cupidité parmi ses équipes en leur promettant des récompenses pour chaque vente conclue. Cette dynamique a conduit à des pratiques de vente agressives, trompeuses et souvent fallacieuses. L'entreprise, bien qu’illégalement présentée comme labellisée RGE – un agrément permettant d'accéder à des aides d'État pour la rénovation énergétique – proposait des diagnostics énergétiques erronés.
Le président de l'audience a souligné plusieurs cas alarmants : "Des sommes exorbitantes ont été facturées, comme 34 000 euros pour une dame à revenus modestes et 134 000 euros pour un homme, un montant presque égal à la valeur de sa maison." Il a également mis en lumière la vulnérabilité des clients, de nombreux dossiers impliquant des personnes placées sous mémoire ou curatelle.
Un exemple frappant est ressorti des débats, celui de 200 crochets d'ardoise facturés à 17 219 euros, alors que le même produit est disponible au prix dérisoire de 84,90 euros chez Leroy Merlin, une preuve accablante pour les prévenus.
Des peines de prison requises
Tout au long du procès, Helleu a justifié son comportement en invoquant l'appât du gain. Son salaire mensuel, porté à 8 000 euros pour lui et sa femme, aurait été un moteur de son comportement frauduleux. Les deux prévenus, visiblement imperturbables lors des débats, ont échangé des sourires qui ont agacé victimes et magistrats. À la fin de l'audience, Helleu a tout de même adressé un mot d'excuse aux victimes.
Le procureur a requis 36 mois de prison, dont six avec sursis pour Helleu, et 30 mois de prison, dont 12 fermes pour sa femme. En plus de ces peines, une interdiction d'exercer toute activité commerciale et de rénovation leur a été demandée. Le verdict sera rendu le 8 juin, sans aucun doute avec une grande attention du public et des médias sur cette affaire choquante.







