Rihab Boukhayatia, journaliste et juriste, s'inquiète sur le site Nawaat de la situation des droits des femmes en Tunisie. Les déclarations des élus et des autorités religieuses semblent minimiser des crimes tels que le viol conjugal et ceux visant les femmes noires.
À travers la société tunisienne, le corps de la femme est souvent vu non pas comme un individu, mais comme un objet, un territoire à conquérir. Qu'elle soit blanche, noire ou rousse, chaque femme est souvent perçue comme disponible pour la contrainte, et souvent, le discours des hommes est excusé par des réflexions plus que biaisées sur la "pulsions". Ce phénomène est désigné sous le terme, presque cynique, de "culture du viol".
Les propos sexistes et racistes du député de Sfax, Tarek Mehdi, ont soulevé une vague d'indignation. La Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) a qualifié ses déclarations de “grave et choquante émanant d’un député”. Selon Business News, ces paroles exposent une banalisation alarmante des violences sexuelles, dans un pays où 43 % des hommes ne considèrent pas le viol conjugal comme une agression légitime, selon un rapport d'ONU Femmes en 2022.
En outre, ces déclarations véhiculent un racisme indécent, opposant les femmes africaines à une supposée 'beauté' tunisienne, perçue de manière déshumanisante, relevait le webzine tunisien. Ces dernières années, la situation des migrants subsahariens s'est détériorée en Tunisie, générant de vives inquiétudes au sein du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.
Lors d'une intervention au Parlement le 13 avril, Mehdi a tristement illustré cette réalité : “Une Africaine [noire] ne peut pas être violée, nous avons la beauté en Tunisie.” Ces propos ont été accueillis par des rires, y compris ceux d'une femme députée, Cyrine Mrabet.
Le même jour, une autre femme, Sonia Dahmani, a été condamnée à dix-huit mois de prison pour avoir dénoncé le racisme, révélant ainsi comment les voix qui s'opposent au discours dominant sont souvent muselées, tandis que l'obscène est célébré.
Cependant, cette situation n'est pas une exception, mais une continuité. La culture du viol est profondément enracinée et alimentée par divers discours culturels et religieux. Ainsi, le verset 223 de la sourate Al-Baqarah, qui interprète les femmes comme des champs à labourer, renforce l'idée que le consentement n'est pas essentiel dans le mariage.
Construction juridique et morale
Des figures religieuses telles qu'Ibn Taymiyya ont contribué à promouvoir cette idéologie, où le refus d'une femme de ses obligations conjugales peut la disqualifier moralement. Cette voix légitime non seulement la contrainte, mais crée une hiérarchie qui pousse à croire que certaines femmes sont plus vulnérables. Ainsi, le viol de certaines femmes devient acceptable dans l’imaginaire collectif.
Ce débat est d’autant plus tranché lorsqu’il vise les femmes noires, dont les corps sont souvent décrits comme sources sexuelles insatiables, menant à une déshumanisation extrême et à une présence marginalisée dans la société.
Mécanique de brutalité
L’animalisation et l’hypersexualisation des femmes noires encouragent une banalisation de la violence, transformant le viol en une forme de résolution des angoisses masculines. Ce discours a des conséquences funestes : les corps des femmes noires deviennent des territoires à conquérir, souvent par ceux qui devraient assurer leur protection. L'impunité reste omniprésente.
La gravité de la situation est telle que le viol de femmes noires est souvent minimisé, renforçant un cycle de violence légitimé par des institutions publiques. Malgré les efforts des féministes et des défenseurs des droits humains, le déni et la brutalité continuent d’exister, entraînant un abaissement des valeurs humanistes, où le corps des femmes et l'idée d'humanité toute entière sont piétinés.







