TRIBUNE. Historiquement, la loi joue un rôle clé dans la protection des citoyens en définissant les obligations sociales pour le bon fonctionnement de la société. Dans des circonstances déterminées, cette législation peut devenir une aide, mais elle peut aussi entraver les efforts vers des soins de fin de vie, comme le souligne Louis-André Richard, professeur de philosophie au Québec.
Alors que le débat législatif en France se prolonge, il apparaît que les divergences d'opinion s'estompent progressivement. Ce constat reflète la délicatesse du sujet et la complexité des répercussions. À l'heure où l'Assemblée nationale envisage une nouvelle législation sur le suicide assisté et l'euthanasie, il est crucial de partager le panorama de la situation au Québec, où la loi a suscité de vifs débats.
Dès son instauration, la législation québécoise était initialement conçue avec de stricts critères, autorisant l'aide médicale à mourir seulement pour des patients en phase terminale souffrant de douleurs intolérables. Cependant, au fil du temps, cette accessibilité s'est élargie, avec des demandes croissantes pour inclure les personnes souffrant de troubles mentaux, et même des enfants en fin de vie, comme l'illustre la récente législation des Pays-Bas qui a permis, pour la première fois, l'euthanasie d'un enfant de moins de 12 ans.
Ce qui est légal est souvent perçu comme moral, attisant ainsi les débats éthiques et sociétaux.
Une problématique majeure reste le fait que la légalisation de l'euthanasie pourrait entraîner une banalisation de la mort provoquée. En excluant les médecins du processus, on risque de voir cette responsabilité transférée à d'autres citoyens, ce qui pourrait dévaluer le sacrement de la vie. Au Québec, de nombreux médecins témoignent des effets psychologiques insidieux de cette pratique ; par exemple, une jeune praticienne, après huit ans de pratique, a décidé de ne plus effectuer d'euthanasie, déclarant ne plus pouvoir supporter « de tuer des gens ». Les paroles de ces professionnels mettent en lumière un malaise croissant au sein de la communauté médicale.
Les questions autour de la mort programmée
Le malaise concernant la mort programmée est également partagé par de nombreux soignants. Une autre médecin a rapporté une altération de sa relation avec ses patients, indiquant que son rôle s’est compliqué, limitant ainsi sa capacité à exercer avec l'empathie essentielle. Les parlementaires doivent prendre en compte ces réalités avant de voter des lois sur des questions aussi graves que la vie et la mort.
Ce qui a pu être vu initialement comme un progrès a aujourd'hui favorisé un recul de cette perception optimiste. Des œuvres comme Club sandwich mayonnaise, écrite par Manuelle Légaré, illustrent ces questionnements sociétaux par le biais de récits personnels touchants. L'expérience d'un homme qui a perdu son père par euthanasie s'inscrit dans un débat plus large sur les effets collatéraux de telles décisions.
En matière de choix de société, le Québec et le Canada ont pris une direction radicale en légalisant l'aide active à mourir. Cependant, cette décision mérite réflexion et une réévaluation des conséquences dont nous pouvons être témoins. Montesquieu formulait ce précepte juste : « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi, mais elle doit être loi parce qu’elle est juste ». Il est impératif de promouvoir une législation qui privilégie l'accompagnement en fin de vie sur l'option d'une mort provoquée.
Ce cheminement doit être notre objectif commun.
*Louis-André Richard est professeur de philosophie au Québec.







